Dans de nombreux ateliers, poussières, fumées, solvants ou particules font partie du quotidien. Une enquête menée auprès de 4 200 professionnels de l’industrie montre pourtant un décalage important dans les stratégies de prévention : les équipements de protection individuelle restent très utilisés, alors que le traitement du risque à la source demeure encore partiel.

Poussières, fumées et solvants : une exposition qui concerne tous les secteurs

Les résultats dressent d’abord le portrait d’une exposition largement répandue dans l’industrie. Dans certains secteurs, elle fait même partie du quotidien de la majorité des professionnels interrogés.

Ainsi, 65 % des répondants travaillant dans la pierre, le béton ou les minéraux déclarent être exposés tous les jours aux poussières ou aux fumées. Ils sont 63 % dans le bois et l’ameublement, 56 % dans la métallurgie, 54 % dans le recyclage et 53 % dans les composites.

La nature des polluants varie fortement selon les activités. Les professionnels du bois citent logiquement les poussières de bois, tandis que les poussières minérales dominent dans la pierre et le béton. Dans la métallurgie, les particules métalliques, les fumées de soudage et les émissions liées au meulage ou au ponçage sont particulièrement présentes.

D’autres activités sont davantage confrontées aux solvants et aux composés organiques volatils. C’est notamment le cas des composites, de la chimie ou encore de l’aéronautique.

Cette diversité rappelle un point essentiel pour la prévention des risques professionnels : parler de « pollution de l’air » dans un atelier recouvre des situations très différentes qui nécessitent une évaluation précise des émissions, des procédés et des niveaux d’exposition.

Le captage à la source reste encore très inégalement déployé

Face à ces expositions, l’enquête révèle une situation contrastée concernant le captage des polluants au plus près de leur émission.

Dans la maintenance industrielle, seuls 28 % des répondants indiquent que tous ou presque tous les postes concernés disposent d’un captage à la source. À l’inverse, 26 % déclarent qu’aucun poste n’en bénéficie.

Le constat est également marqué dans le recyclage, où 24 % indiquent ne disposer d’aucun captage à la source, ainsi que dans la pierre et le béton, avec 22 %.

Même lorsque des installations existent, elles ne couvrent souvent qu’une partie des postes concernés. En métallurgie, par exemple, 43 % des répondants déclarent que seule une partie des équipements est dotée d’un captage.

Or, dans une démarche de prévention, l’objectif consiste autant que possible à empêcher ou réduire l’exposition avant qu’elle n’atteigne le salarié. La suppression du danger, la modification du procédé, le captage au plus près de l’émission ou la mise en œuvre de protections collectives doivent donc être examinés avant de s’appuyer principalement sur la protection individuelle.

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Les EPI restent l’une des réponses les plus utilisées

C’est probablement l’un des enseignements les plus marquants de cette enquête : malgré une exposition importante aux polluants, les masques et autres EPI figurent parmi les moyens de protection les plus couramment utilisés.

Ils sont cités par 80 % des professionnels de la maintenance industrielle, 78 % dans la pierre et le béton, 74 % dans le recyclage et 73 % dans les composites. Dans le bois, 70 % déclarent également recourir aux masques ou aux EPI.

Ces protections peuvent évidemment être indispensables selon les opérations réalisées et les niveaux d’exposition. Mais leur forte présence interroge lorsqu’elle s’accompagne d’un traitement insuffisant du risque en amont.

L’EPI intervient en effet au niveau du salarié exposé. Il dépend notamment du choix du matériel, de son adaptation au risque, de son bon ajustement, de son entretien et de son port effectif pendant toute la durée d’exposition.

À l’inverse, un dispositif de captage correctement conçu vise à réduire la quantité de polluant présente dans l’environnement de travail avant qu’elle ne se diffuse dans l’atelier.

Autre résultat révélateur : 46 % des professionnels de la maintenance citent encore l’ouverture des portes et fenêtres parmi les moyens utilisés face aux polluants.

Coût, travaux et contraintes techniques freinent la prévention à la source

Pourquoi le traitement à la source n’est-il pas davantage généralisé ? Les réponses mettent notamment en évidence des obstacles économiques et techniques.

Le coût est cité par 60 % des professionnels du recyclage, 58 % dans la pierre et le béton et 57 % dans la maintenance. Les travaux nécessaires à l’installation, le manque de place ou les difficultés d’adaptation aux machines et aux opérations figurent également parmi les principaux freins.

Ces contraintes doivent cependant être intégrées à l’analyse globale du risque. Car les signes d’exposition sont parfois particulièrement visibles : 74 % des professionnels de la pierre-béton constatent des dépôts sur les machines ou les postes de travail, contre 72 % dans le bois.

Et l’absence de pollution visible ne signifie pas nécessairement absence d’exposition. Près d’un professionnel interrogé sur cinq déclare ne constater aucun phénomène visible dans son environnement de travail. Or certains polluants peuvent être présents sans fumée, poussière ou dépôt perceptible à l’œil nu.

Pour les préventeurs, l’enjeu consiste donc à ne pas limiter la réflexion au choix du bon masque. L’évaluation doit aussi questionner la génération du polluant, sa diffusion dans l’environnement de travail et les possibilités concrètes d’agir en amont afin de réduire l’exposition avant de recourir à la protection individuelle.

Source : étude « SONDAGE NATIONAL · QUALITÉ DE L’AIR DANS L’INDUSTRIE » de OberA

Damien BART

Damien BART pour INFORISQUE

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