Les actions de prévention se traduisent-elles par une baisse des accidents du travail ? Une étude de la Dares publiée en octobre 2026 apporte des éléments de réponse, avec un enseignement particulièrement utile aux petites structures : engager de nouvelles mesures s’accompagne d’une évolution plus favorable de la sinistralité.
De nouvelles actions associées à une baisse des accidents
Reconduire un programme de prévention suffit-il lorsque les situations de travail évoluent ? La Dares a rapproché les réponses de 4 800 établissements à l’enquête Conditions de travail et risques psychosociaux de 2016 des données d’accidents du travail de l’Assurance maladie. L’étude porte sur le secteur privé hors agriculture et compare la fréquence des accidents avec arrêt avant et après les actions déclarées en 2016.
Dans les établissements ayant engagé au moins une nouvelle action, cette fréquence recule de 0,5 point entre 2014 et 2018. Elle augmente de 0,3 point lorsque seules les actions antérieures sont poursuivies, et de 0,5 point lorsqu’aucune action n’est menée. L’indicateur exprime un nombre d’accidents pour 100 salariés : une baisse de 0,5 point correspond donc à 0,5 accident de moins pour 100 salariés, et non à une diminution de 0,5 %.

Ces résultats ne démontrent pas, à eux seuls, un lien de causalité. Autre précision : les chiffres publiés en 2026 reposent sur des données de 2013 à 2019, avec des moyennes sur trois ans pour limiter les fluctuations. Ils éclairent une dynamique de prévention, sans décrire la situation actuelle des entreprises.
Les petites structures disposent de marges de progression
La baisse observée est particulièrement marquée dans les établissements de moins de dix salariés ayant engagé de nouvelles actions : leur indice de fréquence diminue de 1,1 point. Pourtant, seulement 43 % de ces établissements déclarent une nouvelle mesure en 2016, contre 91 % de ceux comptant au moins 250 salariés.
Ce contraste ne signifie pas que la prévention serait inutile dans les grandes structures. Les dispositifs préexistants y sont plus répandus et les nouvelles actions peuvent viser des effets que la fréquence des accidents ne mesure pas, notamment la réduction des expositions ou l’amélioration de la santé à plus long terme.
Pour les petites entreprises, ces observations invitent à examiner les situations qui restent insuffisamment maîtrisées. Les manutentions de charges lourdes et les postures pénibles sont notamment associées à une accidentologie plus élevée. Dans les établissements où l’employeur déclare plus de 10 % des salariés exposés aux manutentions lourdes, l’indice atteint 5,7 accidents pour 100 salariés en 2014, contre 3,3 dans les autres. Observer les tâches, les moyens disponibles et les difficultés rencontrées permet de mieux cibler les changements à envisager.
Des résultats sur les EPI à interpréter avec précaution
Parmi les mesures étudiées, la mise à disposition de nouveaux équipements de protection individuelle est associée à la baisse la plus forte : 0,6 point. Le recours à une expertise extérieure et l’élaboration d’un nouveau plan de prévention s’accompagnent également d’un recul relativement marqué.
Il serait toutefois hasardeux d’en tirer un classement universel des solutions. Les établissements peuvent combiner plusieurs actions, et les risques auxquels ils répondent diffèrent. Un recul moins marqué après une formation ne suffit pas à remettre en cause sa pertinence.
Les principes généraux de prévention restent le cadre de décision : éviter les risques, les combattre à la source et privilégier la protection collective. Les EPI complètent les protections collectives lorsqu’elles sont insuffisantes. Le résultat statistique doit donc nourrir l’analyse des mesures, sans remplacer l’évaluation des risques et des conditions réelles d’exposition.
DUERP et santé mentale : relier l’évaluation aux changements
L’étude souligne aussi le lien entre l’actualisation du DUERP et l’engagement d’actions. Parmi les établissements de moins de 50 salariés disposant d’un document actualisé, 64 % mettent en œuvre une nouvelle mesure, contre 30 % lorsque le document n’est pas à jour. Dans ce dernier groupe, l’absence de nouvelle action s’accompagne d’une hausse de la fréquence des accidents de 1,5 point.
Ces écarts invitent à faire du DUERP un support de décision. À partir d’un risque identifié, quelles modifications sont retenues, qui les porte et comment vérifier leur effet sur le travail ? La valeur de l’évaluation tient aussi à cette traduction opérationnelle.
Les actions contre le stress et le mal-être sont, elles aussi, associées à une diminution des accidents. Le recul est notamment marqué lorsqu’un audit extérieur est réalisé ; des évolutions favorables accompagnent également les procédures de résolution des conflits, l’aménagement des horaires et la formation de l’encadrement. Pour les préventeurs, ces résultats encouragent à examiner ensemble les contraintes physiques, les tensions et l’organisation du travail, plutôt qu’à traiter chaque exposition dans un programme séparé.
Pour aller plus loin :
Source : Selma Amira, Dares Analyses n° 42, octobre 2026
Anne Charlotte PIRON pour INFORISQUE
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