Toutes les 8 minutes, un chantier peut basculer

8 minutes, c’est le temps que met la lumière du soleil pour atteindre la Terre. Dans ce même laps de temps, en France, un réseau enterré est endommagé lors de travaux quelque part sur le territoire. 

Ce qui donne 260 dommages par jour, soit 65 000 par an¹.  

Derrière ces chiffres, une réalité que les entreprises exécutantes connaissent bien : des collaborateurs blessés, parfois gravement, des amendes qui tombent, des chantiers arrêtés le temps de réparer un réseau endommagé, aux frais de l’entreprise. Sans compter les répercussions sur les délais, la relation client et la réputation. 

Et parfois, les conséquences vont bien au-delà d’un simple incident de chantier. 

Comme à Lyon, le 28 février 2008. 

Il est 11h30, en plein centre-ville. Sur un chantier touchant un réseau d’eau, une fuite de gaz se déclare. Les secours arrivent, établissent un périmètre de sécurité et commencent leur reconnaissance. Quarante-cinq minutes plus tard, tout bascule : une explosion endommage plusieurs bâtiments, l’incendie se propage aux immeubles voisins. L’intervention mobilise 180 pompiers et 300 policiers. Un jeune pompier est tué, une quarantaine de personnes sont blessées. 

L’enquête le confirmera : dans ce système, l’erreur n’est nulle part en particulier… et partout à la fois. Pas un responsable isolé, mais toute une chaîne qui a cédé, maillon après maillon.

​Le marquage réseau, c’est quoi au juste ? 

Sous nos rues circule un labyrinthe invisible : plus de 4 millions de kilomètres de réseaux, dont deux tiers enterrés, gaz, électricité, eau, fibre, assainissement. Avant de lancer un chantier, encore faut-il savoir précisément où se trouve chacun de ces réseaux. 

La recherche et la détection des réseaux enterrés sont loin d’être une science exacte : les plans transmis ne sont pas toujours à jour, la profondeur réelle des câbles et canalisations reste parfois approximative, et certaines technologies de détection atteignent vite leurs limites face à des matériaux non détectables ou des réseaux trop profonds. 

Résultat : le marquage-piquetage, censé matérialiser au sol la position exacte des réseaux (peinture, piquets, codes couleurs normalisés), n’est fiable qu’à la hauteur de l’information qui le précède. Un repère censé rassurer les équipes sur le terrain peut donc, sans que personne ne s’en aperçoive, se révéler complètement faux.

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Qui sont les acteurs de la chaîne ? 

La réflexion autour des réseaux n’est jamais l’affaire d’une seule personne. C’est une chaîne où chacun a sa partition : 

  • Le responsable de projet ou maître d’ouvrage (souvent une mairie ou une collectivité) lance le chantier et déclenche la démarche en déposant la Déclaration de projet de Travaux (DT).
  • Les exploitants de réseaux ou concessionnaires détiennent les informations sur leurs ouvrages et transmettent les plans de localisation en réponse aux déclarations.
  • L’entreprise exécutante des travaux, retenue après l’appel d’offres, dépose la Déclaration d’Intention de Commencement de Travaux (DICT) et intervient sur le terrain.
  • Les prestataires en détection et géoréférencement, en sondage et marquage, traquent les réseaux enfouis et réalisent le marquage dans les règles de l’art. 
  • Les compagnons de l’entreprises exécutant les travaux et ses éventuels sous-traitants se fient à ces repères, jour après jour, pour creuser en sécurité.

Le hic ? Si un seul maillon flanche, c’est toute la chaîne qui vacille. Et le risque ne disparaît jamais complètement : il se déplace d’une étape à l’autre.

Où cela peut-il bien déraper ? 

Tout commence dès la formalisation du besoin de travaux, du côté du maître d’ouvrage. Une déclaration de projet incomplète ou mal transmise, un donneur d’ordre qui n’a pas toutes les informations en main : démarrer sur une base bancale fragilise déjà tout ce qui suivra. 

Ensuite, c’est souvent un problème de communication. Entre l’entreprise exécutante et le maître d’ouvrage, les informations circulent mal, ou trop tard. Une donnée manquante d’un côté, une vérification qui n’a pas eu lieu de l’autre : personne ne s’assure vraiment que tous les éléments essentiels ont été contrôlés avant le premier coup de pelle. 

Vient alors la détection. Sans repérage précis des réseaux, impossible de garantir un marquage fiable et le doute s’installe déjà, avant même l’arrivée des engins sur site. 

Reste enfin le chantier, dernier maillon et souvent le plus exposé. Là, ce n’est plus une question de données ou de procédures : c’est une question de facteur humain. Un doute non signalé, une habitude qui prend le pas sur la vigilance, une pelle mécanique qui avance un peu trop vite… et c’est tout l’édifice qui vacille. 

Un principe simple sauverait pourtant des vies : la culture du doute et du point d’arrêt. En cas d’incertitude, il faut savoir arrêter la tâche et appeler l’exploitant. 

Nos solutions face à ces risques 

La prévention ne se décrète pas, elle se vit. Lister des consignes sur une affiche ne change pas les réflexes sur le terrain. Faire vivre les situations, débattre en équipe, comprendre par soi-même pourquoi un accident survient, ça, ça marque durablement. 

C’est tout l’objet de notre atelier « 8 Minutes – L’Enquête Dommages Réseaux : Comment éviter le coup de pelle de trop ? ». 

Réunir les équipes et les transformer en enquêteurs. Face à un scénario, chacun remonte le fil du processus, de l’avant-projet aux travaux, pour comprendre ce qui a dérapé et imaginer les bonnes pratiques qui auraient tout changé. 

Du jeu, de la réflexion collective, des défis à relever en équipe. Les participants explorent les trois grandes phases du chantier, déjouent les pièges à chaque étape et repartent avec des réflexes ancrés, à commencer par le plus précieux d’entre eux : savoir s’arrêter au moindre doute. 

Une sensibilisation qui ne s’oublie pas, parce qu’elle a été vécue plutôt que subie. 

👉 Découvrir l’atelier 8 Minutes – L’Enquête Dommages Réseaux.​

En conclusion 

Ce qui frappe, en remontant toute la chaîne, c’est ce glissement du risque : un danger qui aurait pu être supprimé dès le départ, en fiabilisant l’information, en investissant dans une détection précise, en anticipant plutôt qu’en réagissant, se retrouve simplement déplacé, étape après étape, jusqu’au chantier. Chacun se renvoie alors la responsabilité, et ce sont les humains, sur le terrain, qui restent exposés. 

Les facteurs de risque ne se cachent donc pas dans un seul maillon défaillant : ils se logent dans les angles morts, entre les responsabilités de chaque acteur. C’est précisément là que nous intervenons : parce que la meilleure prévention n’est pas celle qu’on affiche, mais celle qui comble ces angles morts, chaque jour, sur le terrain. 

 Source :

1- https://www.drieat.ile-de-france.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/20230905_prevention_risques_industriels_naturels_num2.pdf​

Jérémy LOGERAIS

Jérémy LOGERAIS pour EOS

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