Les chariots élévateurs, engins de chantier et autres équipements mobiles restent à l’origine d’accidents professionnels particulièrement graves. Face aux défaillances constatées lors de précédentes inspections, une nouvelle campagne nationale de contrôles est engagée à l’automne 2026, avec plusieurs priorités pour les entreprises.
Une nouvelle campagne face à des accidents aux conséquences dramatiques
Depuis septembre 2026, l’Inspection du travail mène une campagne nationale consacrée à la prévention des risques liés aux équipements de travail mobiles et de levage. Les contrôles se poursuivront jusqu’en novembre, avec la possibilité de contre-visites jusqu’en janvier 2027 pour vérifier les mises en conformité demandées.
Cette mobilisation répond à une réalité préoccupante. Selon les données communiquées par la DREETS Bretagne, l’utilisation de ces équipements constitue la première cause d’accidents du travail impliquant des équipements signalés à l’Inspection du travail. Parmi les accidents recensés dans ce périmètre, 24 % ont entraîné un décès.
Les collisions entre engins et piétons représentent une circonstance particulièrement fréquente. Dans les entrepôts, les ateliers, sur les chantiers ou dans les exploitations agricoles, la coactivité multiplie les situations dangereuses : déplacements simultanés, manœuvres en marche arrière, angles morts ou encore circulation dans des espaces insuffisamment organisés.
La campagne concerne notamment les chariots automoteurs à conducteur porté, les engins de terrassement et les tracteurs agricoles ou forestiers équipés d’un chargeur frontal. Elle s’adresse ainsi à de nombreux secteurs, bien au-delà des seules entreprises du BTP.
Des défaillances déjà identifiées lors des précédents contrôles
La campagne nationale menée en 2023 et 2024 avait révélé plusieurs insuffisances dans les entreprises inspectées. Les résultats témoignent de difficultés persistantes à transformer les obligations réglementaires en mesures de prévention réellement opérationnelles.
Plus de la moitié des documents uniques d’évaluation des risques professionnels (DUERP) examinés étaient absents ou non conformes. Dans 64 % des situations contrôlées, les dispositions prises pour limiter les collisions entre véhicules et piétons n’étaient pas totalement adaptées.
La maintenance et le contrôle des équipements présentaient également des lacunes. Ainsi, 23 % des équipements concernés n’avaient pas bénéficié d’une vérification générale périodique (VGP). Pour les chariots automoteurs, les vérifications réalisées étaient incomplètes dans 84 % des cas.
Les compétences des conducteurs constituent un autre point de vigilance. Des non-conformités relatives aux autorisations de conduite avaient été relevées dans 26 % des situations examinées. Par ailleurs, certains employeurs ne transmettaient pas les instructions nécessaires concernant les particularités des lieux d’utilisation.
Ces constats rappellent qu’un équipement techniquement fonctionnel ne garantit pas, à lui seul, la sécurité des opérations. L’organisation du travail, les compétences, les conditions de circulation et la qualité de la supervision jouent également un rôle déterminant.
Circulation, vérifications et formation : les priorités des inspecteurs
Les contrôles engagés à l’automne 2026 portent sur plusieurs dimensions complémentaires de la prévention. L’objectif est notamment de vérifier la cohérence entre les risques identifiés dans le DUERP et les mesures effectivement déployées sur le terrain.
La circulation des engins constitue une priorité. Les inspecteurs examineront particulièrement les dispositions destinées à prévenir les heurts et les écrasements de piétons. La séparation physique des flux, l’aménagement des intersections, la visibilité et l’organisation des manœuvres sont autant de sujets à examiner dans les entreprises.
Les vérifications réglementaires des équipements feront également l’objet d’une attention particulière. Il ne suffit pas de disposer d’un rapport de contrôle : les anomalies identifiées doivent être analysées et traitées, avec des mesures appropriées lorsque la sécurité de l’utilisation est compromise.
Enfin, les agents vérifieront les conditions de formation des conducteurs et de délivrance des autorisations de conduite. Une vigilance renforcée concernera notamment les jeunes travailleurs, apprentis, intérimaires et salariés détachés, dont l’intégration et la connaissance des risques spécifiques nécessitent un accompagnement adapté.
Comment les entreprises peuvent-elles renforcer leur prévention ?
Pour accompagner cette campagne, le ministère du Travail met à disposition des fiches d’autodiagnostic adaptées aux différents secteurs d’activité, notamment le BTP et l’agriculture.
Ces outils permettent aux employeurs et aux responsables prévention de confronter leurs pratiques aux exigences réglementaires et de repérer les situations nécessitant des améliorations.
Au-delà de cet examen documentaire, une démarche efficace suppose d’observer les conditions réelles d’utilisation des équipements. Un plan de circulation peut être formellement conforme tout en restant difficilement applicable lorsque les zones de stockage débordent sur les cheminements ou que les flux évoluent au cours de la journée.
L’implication des conducteurs, des piétons exposés, de l’encadrement et du CSE, lorsqu’il existe, permet de mieux identifier ces écarts entre organisation prévue et travail réel.
Les entreprises peuvent également exploiter les signalements de situations dangereuses et les presque-accidents pour ajuster leurs mesures de prévention avant qu’un événement grave ne survienne. Cette démarche nécessite un suivi des actions correctives, au-delà de la seule préparation aux inspections.
Si des manquements sont constatés, l’Inspection du travail pourra demander leur correction et engager, selon les situations, des mesures coercitives. L’enjeu reste toutefois de construire une prévention durable, reposant sur des équipements sûrs, une organisation adaptée et une maîtrise effective des risques de coactivité.
Damien BART pour INFORISQUE
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