La prévention des risques professionnels produit-elle des résultats mesurables ? Une étude publiée en octobre 2026 par la Dares apporte de nouveaux éléments de réponse. En analysant les pratiques de plusieurs milliers d’établissements, elle met en évidence un lien entre les actions de prévention et la diminution des accidents du travail.
Les entreprises qui renforcent leur prévention enregistrent moins d’accidents
Les actions de prévention sont parfois difficiles à évaluer. Si les investissements, les formations et les équipements sont facilement quantifiables, mesurer leur contribution réelle à la réduction des accidents du travail reste plus complexe.
Une étude de la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares), publiée le 1er octobre 2026, apporte un éclairage intéressant.
Les chercheurs ont croisé les réponses de quelque 4 800 établissements privés à une enquête réalisée en 2016 avec les données administratives de l’Assurance maladie. L’objectif était de comparer l’évolution de la fréquence des accidents du travail avec arrêt entre 2014 et 2018 selon les démarches de prévention engagées.
Les résultats montrent des différences significatives.
Dans les établissements ayant déployé au moins une nouvelle mesure de prévention, la fréquence des accidents a diminué de 0,5 point. À l’inverse, elle a augmenté de 0,5 point dans ceux n’ayant entrepris aucune action.
Les entreprises s’étant limitées à poursuivre leurs dispositifs existants ont également enregistré une légère hausse.
Ces observations suggèrent qu’une démarche de prévention doit régulièrement évoluer pour accompagner les transformations du travail.
Il s’agit toutefois de liens statistiques observés sur la période étudiée, et non de la démonstration que chaque mesure entraîne systématiquement une diminution des accidents.
Les TPE-PME : là où les progrès sont les plus visibles
L’étude révèle que les améliorations sont particulièrement marquées dans les petites entreprises.
Parmi les établissements ayant introduit de nouvelles mesures, la baisse de fréquence des accidents atteint 1,1 point dans les structures de moins de 10 salariés, contre 0,7 point dans celles employant entre 10 et 49 personnes.
Dans les établissements de 50 à 249 salariés, la diminution est de 0,2 point.
Pourquoi cet écart ? Les petites structures disposent généralement de démarches de prévention moins développées, ce qui laisse davantage de possibilités d’amélioration.
En 2016, seuls 43 % des établissements de moins de 10 salariés déclaraient avoir engagé de nouvelles actions, contre 91 % de ceux comptant au moins 250 salariés.
Pour les petites entreprises, une démarche structurée peut donc représenter un levier important de réduction des accidents.
L’enjeu consiste notamment à identifier les situations les plus accidentogènes et à privilégier des interventions adaptées aux moyens disponibles.
Quelles actions de prévention sont associées aux meilleurs résultats ?
Toutes les démarches étudiées ne présentent pas les mêmes associations statistiques avec l’évolution de la sinistralité.
La mise à disposition de nouveaux équipements de protection individuelle (EPI) est associée à une diminution de 0,6 point de la fréquence des accidents.
Le recours à une expertise extérieure et l’élaboration d’un nouveau plan de prévention s’accompagnent également d’évolutions favorables.
D’autres interventions, comme la modification des équipements, l’amélioration des locaux, les formations ou les changements d’organisation, sont aussi associées à des baisses.
Ces résultats ne remettent pas en question les principes généraux de prévention : les protections collectives doivent toujours être privilégiées par rapport aux protections individuelles lorsque cela est possible.
Autre enseignement intéressant, les risques psychosociaux ne sont pas sans lien avec l’accidentologie.
Dans les établissements ayant pris des mesures contre le stress ou le mal-être au travail, la fréquence des accidents a diminué de 9,9 %, contre une évolution globalement stable dans les autres.
La prévention des accidents ne peut donc pas être dissociée des conditions d’organisation du travail et des facteurs psychosociaux.
Le DUERP : un véritable outil de pilotage pour réduire les accidents
L’étude met également en évidence le rôle du document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP).
Dans les établissements de moins de 50 salariés disposant d’un DUERP actualisé, 64 % avaient engagé au moins une nouvelle action de prévention. Cette proportion tombait à 30 % lorsque le document n’était pas à jour.
Le constat est particulièrement préoccupant lorsque plusieurs insuffisances se cumulent.
Dans les petites structures ne disposant ni d’un DUERP actualisé ni de nouvelles mesures de prévention, la fréquence des accidents a augmenté de 1,5 point.
Ces résultats rappellent qu’un DUERP ne doit pas être considéré comme une simple formalité administrative.
Son utilité repose sur sa capacité à identifier les dangers, hiérarchiser les risques et déboucher sur des actions concrètes.
Pour les responsables HSE et les employeurs, cela suppose d’observer régulièrement les situations de travail, d’associer les salariés à l’identification des difficultés et de vérifier l’efficacité des mesures mises en œuvre.
L’actualisation du document unique prend alors tout son sens : accompagner les évolutions de l’activité et maintenir une démarche de prévention vivante, plutôt que se limiter à reconduire les actions des années précédentes.
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Damien BART pour INFORISQUE
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