Le burn-out est généralement abordé à travers ses symptômes, ses facteurs de risque ou ses conséquences sur la santé. Avec Mon burn-out et moi, Linda Diguet choisit une tout autre voie : celle du roman graphique. Une manière sensible, accessible et parfois légère d’aborder un sujet qui, lui, ne l’est pas.

Publié aux éditions Vuibert en septembre 2026, Mon burn-out et moi est écrit par Linda Diguet, illustré par Djoïna Amrani et préfacé par Marie Pezé, psychologue spécialiste de la souffrance au travail. En 128 pages, l’ouvrage raconte l’épuisement professionnel à travers une métaphore pour le moins inattendue : le burn-out prend la forme d’une étrange boule de poils qui s’invite dans la vie de Lola.

Quand le burn-out frappe littéralement à la porte

Lola est une jeune femme prise dans son quotidien professionnel. La fatigue s’installe, la charge de travail pèse de plus en plus lourd et, autour d’elle, les signaux semblent passer relativement inaperçus. Son manager, notamment, ne paraît pas réellement mesurer ce qu’elle traverse ni chercher à savoir comment elle va.

Puis, un soir, en rentrant du travail, Lola découvre un colis devant sa porte. À l’intérieur se cache une drôle de créature : son burn-out.

Cette boule de poils, à la fois encombrante, attachante et impossible à ignorer, va progressivement prendre de la place dans son quotidien. Lola doit apprendre à vivre avec elle et, surtout, commencer à écouter ce qu’elle essaie de lui montrer.

C’est probablement là que réside l’une des grandes forces du livre. Là où le burn-out est souvent représenté par l’effondrement, l’épuisement ou la détresse, le roman graphique choisit de lui donner une apparence presque attendrissante. Le procédé pourrait sembler surprenant, mais il permet justement d’entrer dans le sujet sans être immédiatement confronté à un discours anxiogène ou médical.

Il ne s’agit pas de rendre le burn-out « mignon » ni d’en minimiser les conséquences. La métaphore permet plutôt de le rendre visible, presque tangible, et de raconter ce qui est parfois difficile à exprimer avec des mots.

Mettre des images sur des signaux que l’on ne voit pas toujours

Le burn-out ne survient généralement pas du jour au lendemain. L’Organisation mondiale de la santé le décrit comme un syndrome résultant d’un stress chronique au travail qui n’a pas été géré avec succès, caractérisé notamment par l’épuisement, une prise de distance vis-à-vis du travail et une diminution de l’efficacité professionnelle.

L’INRS souligne également la diversité des manifestations possibles : fatigue, troubles du sommeil, tensions physiques, isolement, irritabilité, désengagement ou encore attitude négative vis-à-vis du travail. Ces signes ne sont pas toujours identifiés immédiatement, ni par la personne concernée ni par son entourage professionnel.

Dans Mon burn-out et moi, ces mécanismes ne sont pas exposés comme dans un manuel. Ils sont vécus avec Lola.

Le lecteur observe l’accumulation, la fatigue et la place toujours plus importante que prend le travail. La petite créature agit alors comme un révélateur. Elle oblige Lola à regarder ce qu’elle ne voyait plus ou qu’elle n’avait plus le temps d’écouter.

Ce choix narratif rend le sujet particulièrement accessible. Plutôt que d’expliquer uniquement ce qu’est un burn-out, l’ouvrage donne à voir ce que peut représenter cette expérience dans une vie quotidienne.

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Une lecture qui interroge aussi le rôle du travail et du management

Le livre ouvre également une réflexion intéressante pour les professionnels de la prévention.

Lorsque Lola commence à aller mal, le problème ne peut pas être réduit à sa seule capacité à se reposer, à mieux gérer son stress ou à prendre soin d’elle. Son environnement professionnel fait partie de l’histoire.

Cette distinction est essentielle en santé et sécurité au travail. Prévenir l’épuisement professionnel ne consiste pas uniquement à apprendre aux salariés à mieux résister à la pression. L’INRS recommande d’agir sur l’organisation du travail, notamment en évitant la surcharge, en renforçant le soutien social, en favorisant le travail en équipe et en reconnaissant le travail accompli.

Le rôle du manager apparaît dès lors particulièrement important. Une fatigue inhabituelle, un changement de comportement, des difficultés répétées à tenir la charge ou simplement l’expression d’un salarié qui dit ne plus réussir à faire correctement son travail constituent autant de situations qui méritent d’ouvrir le dialogue. L’INRS rappelle d’ailleurs qu’une plainte liée à la charge de travail doit amener le responsable hiérarchique à chercher à en comprendre l’origine et, lorsque cela est nécessaire, à agir sur la situation.

C’est aussi ce qui rend l’histoire de Lola intéressante pour le monde du travail : derrière le parcours individuel se pose une question collective. Quels signaux sommes-nous capables de voir ? Et que faisons-nous lorsqu’ils apparaissent ?

Parler de santé mentale au travail autrement

Mon burn-out et moi réussit surtout à proposer une porte d’entrée différente sur un sujet difficile.

Le dessin, l’humour et l’attachement qui se crée progressivement avec cette étrange boule de poils permettent de parler de fatigue, de perte de repères et de reconstruction sans faire du livre une succession de constats alarmants. Ce ton plus doux ne retire rien au sérieux du sujet. Il peut au contraire faciliter l’identification et la discussion.

L’ouvrage est d’ailleurs complété par des fiches explicatives destinées à mieux comprendre le burn-out, ses mécanismes et les pistes permettant d’amorcer un changement.

À la lecture, c’est ce parti pris qui marque particulièrement. On ne ressort pas simplement avec une nouvelle définition du burn-out, mais avec l’impression d’avoir accompagné une personne dans ce qu’elle traverse.

Pour les professionnels HSE, RH, managers ou salariés, ce type de support peut aussi constituer un point de départ intéressant pour parler de santé mentale au travail autrement. Une histoire permet parfois d’ouvrir des discussions qu’une présentation théorique ou une liste de symptômes ne parviendrait pas à provoquer.

Et finalement, cette petite boule de poils rappelle une chose essentielle : avant d’attendre que l’épuisement devienne impossible à ignorer, encore faut-il prendre le temps d’écouter les signaux qui commencent à frapper à la porte.

Damien BART

Damien BART pour INFORISQUE

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