La génération Z serait-elle particulièrement vulnérable à l’épuisement professionnel ? Plusieurs enquêtes révèlent une détresse psychologique importante chez les jeunes actifs. Mais derrière ces indicateurs se cachent des réalités professionnelles complexes, qui interrogent davantage les conditions de travail et les pratiques managériales que la résistance individuelle des salariés.
Une génération particulièrement exposée au stress professionnel ?
La santé mentale des jeunes salariés devient un sujet de préoccupation majeur pour les entreprises. Selon l’enquête internationale Deloitte 2025 consacrée aux générations Z et Y, 40 % des répondants de la génération Z déclarent ressentir du stress ou de l’anxiété en permanence ou la plupart du temps, contre 34 % des millennials.
Ces résultats ne signifient pas que quatre jeunes sur dix souffrent d’un burn-out. Le stress, la détresse psychologique et l’épuisement professionnel correspondent à des réalités différentes, qu’il convient de ne pas confondre.
Néanmoins, ces données révèlent des difficultés qui méritent l’attention des employeurs. Les préoccupations financières, les incertitudes professionnelles et les exigences du quotidien peuvent se cumuler avec les contraintes rencontrées dans l’entreprise.
Autre élément à considérer : les jeunes générations disposent aujourd’hui d’un vocabulaire plus développé pour exprimer leurs difficultés psychologiques. Cette capacité à identifier et déclarer leur mal-être peut contribuer aux écarts observés entre générations, sans nécessairement traduire une plus grande fragilité.
Pour les professionnels de la prévention, l’enjeu consiste donc à dépasser les comparaisons générationnelles pour comprendre les situations de travail susceptibles de favoriser l’épuisement.
Premiers emplois : des facteurs de risques psychosociaux souvent sous-estimés
L’entrée dans la vie professionnelle constitue une période d’apprentissage particulièrement exigeante. Découvrir un métier, comprendre les attentes de sa hiérarchie, maîtriser de nouveaux outils et trouver sa place dans une équipe mobilisent des ressources importantes.
Ces difficultés peuvent s’accentuer lorsque l’entreprise attend une autonomie immédiate, sans prévoir un accompagnement adapté. Un salarié débutant peut ainsi accumuler les tâches sans oser signaler une surcharge, par crainte de paraître insuffisamment compétent.
Le développement du travail hybride ajoute parfois une difficulté supplémentaire. Lorsque les échanges informels deviennent moins fréquents, les jeunes collaborateurs peuvent rencontrer davantage d’obstacles pour solliciter de l’aide, observer les pratiques de leurs collègues ou comprendre les règles implicites de l’organisation.
Il faut également distinguer plusieurs formes de mal-être professionnel. Le burn-out correspond à un épuisement lié à un stress chronique au travail qui n’a pas été correctement maîtrisé. Le bore-out renvoie généralement à une situation de sous-activité prolongée, tandis que le brown-out désigne une perte de sens dans les missions réalisées.
Ces appellations ne constituent pas toutes des diagnostics médicaux. Elles rappellent néanmoins que les difficultés professionnelles ne résultent pas uniquement d’une charge de travail excessive.
Repérer les signaux d’alerte sans stigmatiser les jeunes salariés
Fatigue persistante, irritabilité, difficultés de concentration, retrait relationnel ou multiplication des erreurs peuvent constituer des signaux d’alerte. Aucun de ces symptômes ne permet cependant, à lui seul, de conclure à un épuisement professionnel.
Le rôle du manager consiste avant tout à identifier les changements inhabituels et à ouvrir le dialogue sur les conditions de réalisation du travail.
Une attention particulière peut être portée aux salariés récemment recrutés, notamment lorsque plusieurs facteurs de risques se cumulent : objectifs imprécis, interruptions fréquentes, manque de soutien, délais contraints ou difficultés à faire reconnaître leurs besoins.
Les échanges réguliers permettent de confronter les objectifs prescrits à la réalité du terrain. Ils doivent aussi offrir aux collaborateurs la possibilité de signaler les obstacles rencontrés sans craindre d’être jugés.
Lorsque des difficultés de santé apparaissent, l’accompagnement doit mobiliser les interlocuteurs compétents, notamment le service de prévention et de santé au travail. Le manager n’a pas vocation à poser un diagnostic médical.
Prévenir le burn-out : agir sur l’organisation plutôt que sur les individus
La prévention de l’épuisement professionnel ne peut reposer uniquement sur des formations à la gestion du stress ou sur la capacité individuelle à supporter la pression.
L’article L. 4121-1 du Code du travail impose à l’employeur de protéger la santé physique et mentale des travailleurs. Cette obligation implique notamment d’évaluer les risques psychosociaux et de définir des mesures de prévention adaptées.
Plusieurs actions peuvent être engagées :
- Structurer l’intégration avec un accompagnement progressif et des interlocuteurs identifiés.
- Adapter la charge de travail aux compétences, aux ressources disponibles et à l’expérience du salarié.
- Clarifier les objectifs pour limiter les injonctions contradictoires et les situations d’incertitude.
- Favoriser l’entraide grâce au tutorat, aux échanges collectifs et aux retours d’expérience.
- Évaluer les facteurs de RPS dans le document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP) et suivre les actions correctives.
Cette démarche doit associer les salariés, leurs représentants et les acteurs de la prévention afin d’identifier les contraintes réelles de l’activité.
Les difficultés rencontrées par les jeunes collaborateurs peuvent d’ailleurs révéler des dysfonctionnements qui concernent l’ensemble des équipes. Une charge excessive, des responsabilités mal définies ou un manque de soutien constituent des facteurs de risques professionnels, quel que soit l’âge des salariés.
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Damien BART pour INFORISQUE
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