Cette question pose un enjeu souvent sous-estimé, la perte de connaissances critiques.

Procédures informelles, retours d’expérience, décisions prises en situation de crise, bonnes pratiques acquises au fil des années : une grande partie de ce patrimoine immatériel n’est ni documentée ni transmise. Cette expertise pèse pourtant sur la performance comme sur la résilience de l’organisation.

La connaissance, un actif critique souvent sous-estimé

Les entreprises investissent dans leurs équipements, leurs infrastructures et leurs outils numériques. La connaissance détenue par les équipes est en revanche rarement gérée comme un actif.

Le sujet est particulièrement sensible dans l’industrie, l’énergie et le management des risques, où l’expertise repose en grande partie sur l’expérience terrain. Un départ à la retraite, une mobilité interne ou un turnover élevé peuvent alors provoquer une perte de mémoire organisationnelle.

Les difficultés à rechercher et partager l’information ont un coût : retards de projets, répétition d’erreurs, moindre capacité d’innovation. Dans bien des cas, les difficultés opérationnelles ne viennent pas d’un manque de compétences, mais de l’incapacité à retrouver, partager ou capitaliser des connaissances qui existent déjà.

Quand l’expertise disparaît : un risque opérationnel et humain

Dans les environnements à risques, les conséquences de la perte de savoirs dépassent la seule performance économique.

L’analyse d’incidents industriels montre régulièrement que des événements se reproduisent alors que des retours d’expérience pertinents existaient. Le problème tient souvent moins à l’absence d’information qu’à sa diffusion et à son appropriation. Trois questions se posent alors :

  • Comment éviter qu’un retour d’expérience reste isolé dans une équipe ?
  • Comment préserver les connaissances détenues par quelques experts clés ?
  • Comment transmettre les savoirs tacites qui ne figurent dans aucun manuel ?

Ces questions recoupent directement les enjeux de culture sécurité et d’apprentissage organisationnel.

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Deux approches complémentaires pour préserver les savoirs

La codification consiste à structurer les connaissances explicites : procédures, retours d’expérience, bases documentaires, référentiels techniques. Elle facilite l’accès à l’information et réduit le temps passé à la chercher.

La personnalisation vise à favoriser les échanges entre collaborateurs : communautés d’experts, mentorat, retours d’expérience collectifs, transmission intergénérationnelle. C’est elle qui permet de préserver les connaissances tacites, issues d’années d’expérience et de situations vécues.

Une démarche efficace combine généralement les deux.

Ce qui renforce l’importance du sujet aujourd’hui

  • Le vieillissement des populations expertes : de nombreuses entreprises industrielles font face à une vague de départs à la retraite, avec un risque de perte de compétences critiques.
  • L’accélération des transformations : digitalisation, évolutions réglementaires et nouvelles technologies raccourcissent les cycles d’apprentissage.
  • L’essor de l’intelligence artificielle : l’IA ouvre des possibilités pour la recherche documentaire et l’analyse des retours d’expérience. Mais une organisation dont les connaissances ne sont ni structurées ni fiables ne pourra pas en tirer parti : l’IA amplifie la qualité des connaissances existantes, comme leurs lacunes.

Quels enseignements pour les organisations à risques ?

La norme ISO 30401, consacrée aux systèmes de management des connaissances, présente la gestion des connaissances comme un levier de résilience organisationnelle. Les organisations qui ont avancé sur le sujet le traitent comme un enjeu de gouvernance, et non comme un sujet documentaire. Elles cherchent à :

  • identifier les connaissances critiques ;
  • systématiser les retours d’expérience ;
  • organiser les mécanismes de transmission ;
  • intégrer l’apprentissage continu dans leur culture.

La démarche a aussi une dimension humaine : elle reconnaît la valeur de l’expérience des collaborateurs et donne du sens au partage des savoirs.

En résumé

La question n’est plus de savoir s’il faut capitaliser les connaissances, mais comment transformer l’expertise individuelle en savoir collectif durable. Dans un contexte de tensions sur les compétences et de transitions technologiques, la capacité à apprendre, transmettre et mémoriser devient un facteur de résilience.

Pour aller plus loin

Le livre blanc Knowledge Management – Transformer l’expertise en avantage concurrentiel d’AEGIDE INTERNATIONAL détaille les méthodes pour identifier les connaissances critiques et organiser leur transmission. Il est disponible en téléchargement gratuit, en français et en anglais.

Télécharger le livre blanc →

Elise MARIN

Elise MARIN pour AEGIDE INTERNATIONAL

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