Mal de dos, lumbago, tensions lombaires : les douleurs du dos constituent un enjeu majeur de santé au travail. Pourtant, leur prévention ne peut se limiter à quelques consignes de posture. Et si les méthodes utilisées dans le sport de haut niveau nous aidaient à mieux comprendre l’importance de la mobilité, de la coordination et de la préparation physique dans les gestes professionnels ?
Lombalgies au travail : un problème qui concerne tous les métiers
Selon l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS), plus de deux salariés sur trois ont eu, ont ou auront une lombalgie au cours de leur vie. Les lombalgies représentent également 20 % des accidents du travail, selon les données historiques publiées par l’institut en 2018.
Leurs conséquences dépassent largement la douleur : arrêts de travail, difficultés à réaliser certaines tâches, désorganisation des équipes et, dans certaines situations, risque de désinsertion professionnelle.
Les métiers de la manutention, de l’industrie, du bâtiment et du soin sont particulièrement concernés par les contraintes physiques. Mais les salariés du tertiaire peuvent également présenter des douleurs lombaires, notamment dans un contexte de sédentarité, de positions prolongées et de manque de variation des mouvements.
Les facteurs de risque sont multiples : manutentions, vibrations, postures contraignantes, fatigue, contraintes organisationnelles ou facteurs psychosociaux.
Face à cette diversité, une question se pose : la prévention doit-elle uniquement chercher à corriger les postures, ou également développer les capacités physiques et motrices des salariés ?
Le dos ne travaille jamais seul : comprendre la coordination du mouvement
Lorsqu’un salarié soulève un carton, déplace un équipement ou accompagne un patient, plusieurs régions du corps interviennent simultanément.
Les chevilles contribuent aux ajustements des appuis, les genoux et les hanches participent à la production de force, tandis que le tronc transmet et contrôle une partie des efforts.
Le mouvement résulte donc d’une coordination entre différentes articulations et groupes musculaires.
Dans le sport de haut niveau, cette coordination est fondamentale. Un athlète performant ne possède pas uniquement des muscles puissants : il doit aussi être capable de les mobiliser au bon moment, avec précision et efficacité.
Cette observation ouvre des perspectives intéressantes pour la prévention des troubles musculosquelettiques (TMS).
Un salarié qui développe sa mobilité, sa force et sa coordination peut disposer d’un répertoire de mouvements plus varié pour réaliser certaines tâches professionnelles.
Il ne s’agit toutefois pas d’affirmer qu’une mauvaise coordination provoque systématiquement une lombalgie. Les douleurs du dos sont multifactorielles, et aucune qualité physique isolée ne garantit leur prévention.
Ce que la préparation physique de haut niveau peut apporter à l’entreprise
Les méthodes utilisées dans les environnements de préparation physique, notamment à l’INSEP, reposent sur plusieurs principes qui peuvent être adaptés au monde professionnel.
1. Développer la force des membres inférieurs
Les membres inférieurs jouent un rôle essentiel dans de nombreux gestes : se relever, pousser, tirer, transporter ou déplacer une charge.
Le renforcement musculaire peut améliorer la capacité à produire et à contrôler un effort, à condition de respecter une progression adaptée.
Des exercices simples, comme le squat ou le passage répété de la position assise à debout, permettent de travailler les jambes tout en sollicitant la coordination avec le tronc.
L’objectif n’est pas d’imposer une technique unique, mais d’explorer différentes façons de réaliser un mouvement selon les capacités individuelles et les contraintes de la tâche.
Pour approfondir ce sujet, Cinésis propose un article consacré au renforcement et à la mobilité des jambes dans la prévention des contraintes lombaires.
2. Améliorer la mobilité des hanches et des chevilles
La mobilité articulaire participe à la variété des mouvements que nous sommes capables de réaliser.
Lorsqu’une tâche exige de s’accroupir, de se pencher ou de changer d’appui, les hanches et les chevilles sont notamment sollicitées.
Entretenir leur mobilité peut faciliter certaines stratégies de mouvement, sans qu’il soit nécessaire de rechercher une amplitude maximale chez tous les salariés.
3. Travailler la proprioception et l’équilibre
La proprioception correspond à la capacité de percevoir la position et les mouvements des différentes parties du corps.
Elle intervient dans l’équilibre, les ajustements posturaux et la précision des gestes.
Dans les activités professionnelles, elle peut être sollicitée lors des changements de direction, des déplacements ou des manipulations nécessitant un contrôle des appuis.
Des exercices simples d’équilibre peuvent contribuer à développer ces compétences motrices.
4. S’inspirer de l’haltérophilie sans rechercher la performance sportive
Les mouvements de squat, de tirage ou de soulevé de terre sont fréquemment utilisés en préparation physique.
Leur intérêt ne réside pas uniquement dans les charges soulevées, mais aussi dans l’apprentissage progressif de la coordination entre les membres inférieurs, le bassin et le tronc.
Adaptés, simplifiés et réalisés sans charge importante, certains de ces mouvements peuvent être utilisés comme supports pédagogiques pour explorer les stratégies de manutention.
Il ne s’agit pas de transformer les salariés en haltérophiles, mais de leur apprendre à mieux connaître leurs possibilités de mouvement.
Une routine de 7 minutes pour remettre le corps en mouvement
En entreprise, une routine courte peut être proposée au début de certaines journées de travail ou lors d’une pause active.
Voici un exemple inspiré des principes de préparation physique, à adapter au public, aux contraintes du poste et aux capacités de chacun.
Cette routine est un outil de mobilisation et de sensibilisation, pas un protocole médical ni une méthode dont l’efficacité préventive serait garantie.
Minute 1 — Mobiliser les chevilles
Debout, avec un appui stable à proximité, réaliser doucement des montées sur la pointe des pieds, puis revenir sur les talons.
Poursuivre avec quelques mouvements de flexion des chevilles, en gardant les pieds au sol.
Objectif : mobiliser les chevilles et préparer les appuis.
Minute 2 — Mobiliser les hanches
Debout, pieds écartés à largeur confortable, effectuer de petites bascules du bassin, puis quelques rotations douces des hanches.
Les mouvements doivent rester fluides et confortables.
Objectif : explorer la mobilité du bassin et des hanches.
Minute 3 — Renforcer les membres inférieurs
Réaliser lentement 8 à 10 passages de la position assise à debout depuis une chaise stable, ou des demi-squats sans charge.
Adapter l’amplitude et utiliser un appui si nécessaire.
Objectif : solliciter les cuisses et les fessiers, tout en coordonnant les mouvements des jambes et du tronc.
Minute 4 — Travailler l’équilibre et la proprioception
Près d’un support stable, transférer progressivement le poids du corps d’une jambe à l’autre.
Pour les personnes à l’aise, maintenir brièvement un appui sur un pied, sans chercher à se mettre en difficulté.
Objectif : améliorer la perception des appuis et le contrôle de l’équilibre.
Minute 5 — Coordonner le haut et le bas du corps
Effectuer quelques mouvements alternés de bras et de jambes, comme une marche dynamique sur place.
Varier progressivement le rythme, sans rechercher la vitesse.
Objectif : stimuler la coordination globale et la fluidité des mouvements.
Minute 6 — Explorer le mouvement de charnière de hanche
Debout, mains posées sur les hanches, incliner doucement le buste vers l’avant en laissant les hanches reculer, puis revenir à la verticale.
L’amplitude reste modérée et confortable.
Objectif : découvrir une stratégie de flexion associant les hanches et le tronc, utile pour comprendre certains gestes professionnels.
Minute 7 — Mobiliser l’ensemble du corps
Terminer par une marche sur place, quelques mouvements des épaules et une respiration calme.
Objectif : retrouver une sensation de disponibilité corporelle avant de reprendre l’activité.
Précaution : cette routine s’adresse à des personnes pouvant pratiquer une activité physique légère. En cas de douleur aiguë importante, de limitation inhabituelle, de pathologie particulière ou de doute, les exercices doivent être adaptés après avis d’un professionnel de santé. Ils ne doivent pas provoquer ou aggraver les symptômes.

Pourquoi cette routine ne suffit pas à prévenir les lombalgies
Une routine de mobilité peut favoriser le mouvement et sensibiliser les salariés à leurs capacités corporelles.
Mais elle ne compensera jamais, à elle seule, une organisation du travail inadaptée.
Un salarié qui manipule quotidiennement des charges excessives, travaille dans un espace contraint ou subit des cadences trop élevées reste exposé, même s’il réalise quelques exercices chaque matin.
La priorité doit donc rester la réduction des risques à la source : adaptation des postes, aides à la manutention, organisation des tâches et amélioration des conditions de travail.
Les formations gestes et postures proposées par Cinésis s’inscrivent dans cette logique, en associant compréhension du corps, observation des situations réelles et recherche de solutions adaptées aux métiers.
Cette approche concerne également le travail de bureau. La variation des positions et l’activité physique peuvent compléter les mesures ergonomiques destinées aux salariés exposés à une forte sédentarité.
Cinésis aborde notamment cette problématique dans son article « La sédentarité au travail : quand l’immobilité devient un risque majeur ! », ainsi que dans sa formation consacrée aux risques liés à la sédentarité.
Mal de dos : faut-il continuer à bouger lorsque la douleur apparaît ?
Une autre idée reçue consiste à penser que le repos complet est indispensable lorsqu’un lumbago survient.
Pourtant, la Haute Autorité de santé (HAS) recommande, dans le cadre d’une lombalgie commune, le maintien ou la reprise progressive d’une activité physique adaptée.
L’activité physique constitue un élément central de la prise en charge et de la prévention des récidives.
Cela ne signifie pas qu’il faille poursuivre tous les efforts sans adaptation, ni ignorer une douleur inhabituelle.
Une douleur accompagnée notamment d’une faiblesse neurologique importante, de troubles urinaires ou de symptômes généraux préoccupants nécessite une évaluation médicale rapide.
En entreprise, le dialogue avec le salarié, le médecin du travail et les professionnels de santé peut permettre d’adapter temporairement certaines tâches et de favoriser le maintien en emploi.
Du sport de haut niveau à la prévention en entreprise : l’approche Cinésis
Ancien sportif de haut niveau en équipe de France de canoë-kayak, Johann Divaret, kinésithérapeute-ostéopathe et fondateur de Cinésis Solutions Prévention Santé, s’appuie sur son expérience à l’INSEP et auprès des équipes de France pour enrichir son approche de la prévention professionnelle.
Cette expérience nourrit une conviction : les salariés peuvent bénéficier de certains principes de préparation physique, à condition de les adapter aux réalités du travail et aux capacités individuelles.
Cinésis propose ainsi une démarche pouvant associer un diagnostic préalable, des ateliers sur mesure, des exercices adaptés aux contraintes professionnelles et des préconisations individualisées.
Des points de suivi à deux et six mois peuvent également être organisés pour accompagner la mise en œuvre des actions.
Découvrez les formations en prévention des TMS, gestes et postures et ergonomie proposées par Cinésis.
Conclusion : une prévention qui développe les capacités sans négliger les conditions de travail
Prévenir les lombalgies ne consiste pas simplement à apprendre à garder le dos droit.
C’est aussi comprendre comment le corps fonctionne, développer des capacités physiques adaptées, favoriser la diversité des mouvements et améliorer les situations professionnelles.
La préparation physique issue du sport de haut niveau offre des pistes intéressantes pour enrichir les actions de sensibilisation. Elle ne doit toutefois jamais se substituer à l’ergonomie, à l’organisation du travail ou à l’accompagnement médical lorsque celui-ci est nécessaire.
Une prévention durable repose sur deux leviers complémentaires : réduire les contraintes professionnelles et permettre aux salariés de développer leurs capacités à y faire face.
Pour approfondir cette approche, consultez le dossier complet de Cinésis : « Mal de dos au travail : pourquoi les bonnes postures ne suffisent pas à prévenir les lombalgies ».
Ecrit par Johann Divaret, fondateur Cinésis Solutions Prévention Santé
Johann DIVARET pour Cinésis Solutions Prévention Santé
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