L'analyse de l'expert
Le travail à bord d'équipements mobiles exige une analyse rigoureuse.
En première lecture, plusieurs questions se posent :
- Comment ce véhicule peut-il rouler avec une porte latérale grande ouverte ?
- Pourquoi le livreur effectue-t-il une tâche de tri en équilibre instable pendant le roulage ?
- Pourquoi les équipements de protection individuelle (EPI), notamment les chaussures de sécurité, ne sont-ils pas portés ?
- Comment le siège a-t-il pu se replier sans que l'opérateur ne s'en aperçoive ?
- Pourquoi le conducteur amorce-t-il un virage sans vérifier la posture de son collègue ?
Si l'on s'arrête à un simple "manque de vigilance", on passe à côté des causes profondes.
L'analyse par le prisme des principes généraux de prévention et des neurosciences révèle une défaillance systémique de l'ingénierie et de l'organisation :
- Le piège ergonomique et cognitif : la règle veut que l'on adapte le travail à l'homme. Ici, le siège à relevage automatique est un danger. Le livreur, dont l'attention visuelle est saturée par sa recherche de colis, s'en remet à sa mémoire procédurale pour s'asseoir. Son cerveau présume que l'assise est là par habitude, sans vérifier la réalité physique.
- Le biais d'accoutumance et la normalisation de la déviance : le cerveau s'est habitué à l'absence de danger immédiat. La protection collective (portes fermées) et les EPI ont été abandonnés au profit d'un biais de productivité. Rouler ouvert et sans équipement pour gagner du temps est devenu une norme tolérée.
- La perte de conscience situationnelle : le conducteur, en surcharge cognitive entre sa conduite et le nettoyage de ses lunettes, n'a plus la capacité mentale d'assurer la sécurité de son binôme.
Pour éliminer ce risque, les mesures doivent compenser la faillibilité du cerveau humain face à la routine :
- Barrières techniques : l'intégration de la sécurité à la conception exige de multiplier les parades. Cela inclut un bridage du véhicule (interverrouillage empêchant de dépasser les 5 km/h si la porte est ouverte ou la ceinture non bouclée), un siège passager à verrouillage manuel, la fermeture automatique du sas séparant la cabine de la zone de fret, et l'installation de filets pour sécuriser le chargement.
- Barrières humaines et comportementales : agir sur le comportemental est essentiel pour casser cette routine. Cela passe d'abord par le déploiement de schémas de formation classiques (quarts d'heure sécurité, causeries de sensibilisation dédiées au port strict des EPI et aux biais d'attention). Ensuite, par l'intégration des pratiques de fiabilisation des interventions (PFI) : le conducteur doit systématiser le contrôle croisé (vérifier visuellement son passager avant d'accélérer), et le livreur doit utiliser l'autocontrôle (marquer un temps d'arrêt et regarder son siège avant de s'y asseoir).
avec Inforisque.
Le concept #balancetonrisque
Le concept #balancetonrisque est un partage à visée pédagogique créé par Inforisque. Tous les jeudis, retrouvez dans la lettre du risque une vidéo commentée et analysée par un expert HSE.

