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Les enjeux de conception et d’aménagement des lieux de travail

Classé dans la catégorie : Général

Cruciale pour la santé et la sécurité des salariés, la prise en compte de la prévention des risques professionnels lors de la conception ou de la rénovation d’un lieu de travail constitue une difficulté pour de nombreuses entreprises. Outre la nécessité de penser les usages futurs, l’aménagement des lieux de travail implique un compromis entre les différents acteurs du projet. Tour d’horizon du sujet avec Mathilde Silvan, experte d’assistance conseil à l’INRS, spécialiste des questions de conception des lieux et situations de travail et de l’aménagement des postes de travail.

En matière de construction, de modification ou d’aménagement de locaux de travail, il est essentiel d’intégrer la prévention des risques professionnels. Y a-t-il un moment en particulier pour agir efficacement ?

M. S : Il faut le faire le plus tôt possible. Plus la prévention est abordée en amont, plus elle est efficace. Par ailleurs, certains choix deviennent irréversibles ou très coûteux à des stades avancés du projet, notamment quand il s’agit de les corriger. J’ai en tête deux exemples en établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad). Dans l’un, l’insonorisation de la salle de restauration avait été pensée en omettant totalement le fait que cette même pièce servait également de salle d’animation. Le coefficient d’absorption avait été calculé pour réduire le bruit des couverts, mais lorsque la pièce a été utilisée pour l’animation, résidents et soignants n’arrivaient pas à s’entendre, ce qui générait stress et fatigue. Dans ce cas, les actions correctives sont coûteuses à mettre en œuvre, sans compter l’arrêt de l’activité le temps des travaux.

Dans un autre Ehpad a été conçue une salle de restauration dans laquelle la plupart des résidents prenaient leurs repas, accompagnés et aidés par un agent des services hospitaliers (ASH). Lors de ces repas, une infirmière venait également distribuer les médicaments. La surface de la salle de restauration inscrite dans le programme architectural était dimensionnée sur la base du nombre de résidents, sans que la présence d’un ASH pour trois résidents ait été prévue, ni le passage de l’infirmière avec le chariot de médicaments. D’où l’intérêt de faire se croiser, dès la phase de programmation, le travail réel et ses conditions d’exécution avec les questions d’espace. En outre, il est important de penser également à toutes les interventions ultérieures sur ouvrage et aux opérations de maintenance.

Les enjeux de prévention et de performance s’opposent-ils dans la phase de conception ?

M. S. : Non, bien au contraire. D’une part, les coûts générés par la mise en place d’actions correctives sont un frein à la performance de l’établissement. D’autre part, la prise en compte de la prévention passe par l’analyse des activités réelles de travail et nécessite la participation de l’ensemble des acteurs impliqués pour anticiper les usages. Ce faisant, l’entreprise s’assure que le bâtiment sera adapté aux process et aux personnes, ce qui ne peut qu’être bénéfique et éviter de mauvaises surprises. Prenons l’exemple des nouveaux espaces de bureaux, actuellement en pleine évolution. Je pense au cas d’une entreprise ayant réaménagé ses bureaux en « flex office », aussi appelés « bureaux flexibles », un mode d’organisation où les salariés ne disposent pas de bureaux fixes. Il est apparu très vite que cet aménagement n’était pas adapté à son fonctionnement car les salariés, plutôt sédentaires, avaient souvent besoin de travailler physiquement ensemble. Lorsque l’entreprise s’est rendu compte de son erreur, il était trop tard : la surface disponible était trop réduite pour réaménager les bureaux. Malgré la mise en place de mesures correctives organisationnelles, cela a eu des effets sur la capacité des collectifs à travailler ensemble et sur l’efficacité au travail des salariés concernés.

Qu’est-ce qui pose le plus de difficultés aux entreprises ?

M. S. : La programmation est souvent l’étape la plus sensible du point de vue de la prévention. C’est là que tout se joue. Or, dans les TPE par exemple, les dirigeants sont des maîtres d’ouvrage occasionnels, rarement préparés à la gestion de projets architecturaux. Il peut alors se créer une confusion entre les rôles des acteurs. Car les maîtres d’ouvrage occasionnels s’appuient souvent sur le maître d’œuvre pour les questions de santé et de sécurité, ce qui n’est pas sa mission.

N'arrive-t-il pas également que maître d’œuvre et maître d’ouvrage n’aient pas les mêmes enjeux ?

M. S. : C’est vrai. L’objectif, souvent, pour le maître d’œuvre est de réaliser un projet exemplaire, répondant à une multitude d’enjeux (environnementaux, esthétiques, urbains…) et reflétant son savoir-faire, de façon à être sélectionné pour d’autres projets. Le maître d’ouvrage, lui, doit en priorité élaborer un outil de travail tout en tenant compte de la prévention des risques professionnels. Il faut, dès le début, ne pas entrer dans un rapport de force. Il est important de ne pas tout déléguer non plus, et par conséquent il s’avère utile que les entreprises se fassent accompagner pour formaliser l’étape de programmation dans laquelle sont projetées les activités futures avec notamment la prise en compte de l’ergonomie. Les entreprises peuvent se tourner vers les Carsat/Cramif/CGSS, qui apporteront une réflexion ergonomique sur les postes et les situations de travail. Le maître d’ouvrage peut faire aussi appel au service de prévention et de santé au travail, je pense en particulier aux équipes pluridisciplinaires intégrant les intervenants en prévention des risques professionnels (IPRP) compétents en matière d’ergonomie. Il existe également des assistants à maîtrise d’ouvrage dans des structures de conseil.

Quelles sont les évolutions marquantes de ces dernières années ?

M. S. : On peut mentionner la loi Essoc datant de 2019, qui a pour objectif de favoriser l’innovation dans les projets de conception pour arriver au résultat escompté. Cela ouvre des possibilités mais ne concerne que certains sujets, le risque incendie notamment. Par ailleurs, l’accélération du télétravail et le développement rapide des nouvelles organisations spatiales du travail font évoluer les repères classiques de conception des espaces tertiaires (notamment dans le rapport à la surface par salarié) et plus spécifiquement des bureaux.

L’émergence d’outils numériques peut-elle aider les entreprises ?

M. S. : On observe en effet une utilisation de plus en plus fréquente d’outils numériques comme les maquettes 3D ou la réalité virtuelle pour modéliser les futurs lieux de travail. À ce titre, l’outil MAvimplant développé par l’INRS peut apporter une aide significative aux concepteurs d’espaces de travail. Il est avant tout important de permettre aux salariés de se projeter. Que ce soit avec des maquettes numériques ou en carton, ou sur des plans. Chacun peut ainsi simuler son activité, voir comment s’organise son espace, comment il interagit avec les autres, faire des remarques ou demander des modifications. C’est un bon moyen de favoriser l’appropriation du projet par les salariés.

Étapes-clés d’un processus de conception

Plus on avance dans le processus de conception, plus l’éventail des choix se restreint et plus les décisions sont irréversibles. Au départ, le maître d’ouvrage doit évaluer la faisabilité du projet. Vient alors l’étape de programmation, qui consiste à spécifier, dans un cahier des charges à destination de la maîtrise d’œuvre, les objectifs du projet, les surfaces, la description des activités ainsi que les besoins de proximité entre certaines et les niveaux de performance attendus. Dès cette étape, il est important de questionner les salariés. Vient ensuite l’esquisse, qui est une première traduction spatiale du programme par la maîtrise d’œuvre (bureau d’études, architecte) proposant une répartition globale des espaces dans le site. On passe ensuite à l’avant-projet sommaire puis à l’avant-projet définitif, document à remettre en cas de demande de permis de construire, précisant notamment les dimensions et l’aspect de l’ouvrage. Un dossier de consultation entreprise, est réalisé pour les entreprises qui interviendront. Après le chantier, il faudra procéder à la réception de l’ouvrage et à sa mise en service.

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