Chaque jour, dans nos entreprises, de nombreuses situations dangereuses passent inaperçues. Non pas parce que les salariés sont imprudents. Mais parce que notre cerveau est conçu pour économiser son énergie. Il automatise nos comportements et filtre, à notre insu, une très grande partie des informations qui nous entourent.
C'est une excellente nouvelle pour réaliser efficacement nos tâches quotidiennes !
En revanche cela explique aussi pourquoi certains dangers deviennent progressivement invisibles.
Développer un véritable esprit sécuritaire ne relève donc pas uniquement de la connaissance et de l’application stricte des règles. C'est une compétence qui se travaille au quotidien.
Voici trois conditions essentielles pour devenir un bon chasseur de risques.
1. Apprendre à voir les dangers qui nous entourent
La première étape consiste à identifier les dangers présents dans nos situations de travail.
Cela peut sembler évident.
Pourtant, notre cerveau nous joue souvent des tours.
Lorsqu'une situation se répète sans incident, nous avons tendance à nous habituer au risque. Ce phénomène est connu sous le nom d'accoutumance.
Au fil du temps, ce qui nous semblait dangereux hier devient normal aujourd'hui :
- Un excès de vitesse toujours sur le même tronçon de route
- Un outil mal rangé
- Une protection retirée temporairement.
Et rien de malheureux ne s'est produit jusqu'à présent. Le cerveau conclut inconsciemment que le risque est nul et par raccourci « Y’a pas de danger » !
Le bon chasseur de risques développe donc une capacité à observer son environnement avec un regard neuf (le fameux mode conscient de notre cortex préfrontal), même lorsqu'il travaille dans le même atelier depuis plusieurs années.
Sur une ligne droite, un conducteur franchit régulièrement deux « Cedez le passage » sans ralentir car rien n’arrive de la gauche. A force que son épouse lui répète de faire attention, il tourne à présent volontairement la tête… ce qui lui a sauvé la mise tandis qu’il était seul !
La question à se poser est simple : "Si je découvrais cette situation pour la première fois aujourd'hui, qu'est-ce qui pourrait me blesser ?"
2. Oser alerter lorsqu'un risque n'est pas maîtrisé
Identifier un danger est une première étape. Agir est tout aussi important.
- Le Code du travail (Titre III : Droits d'alerte et de retrait (Articles L4131-1 à L4133-4) prévoit un devoir d'alerte lorsqu'un salarié constate une situation présentant un danger grave.
Pourtant, dans la pratique, de nombreux risques ne sont pas signalés. Pourquoi ?
Parce que plusieurs freins psychologiques entrent en jeu :
- peur de déranger ;
- peur d'être jugé ;
- peur de ralentir la production ;
- Je ne suis pas légitime
- sentiment que quelqu'un d'autre s'en chargera.
Ces réactions sont humaines et normales. Toutefois elles peuvent avoir des conséquences importantes.
Dans les organisations où la culture sécurité est forte, chacun se sent autorisé à signaler une situation dangereuse, quel que soit son niveau hiérarchique.
Une professeure de Lycée professionnel prenait un malin plaisir à entrer dans l’atelier en talons en attendant qu’un élève vienne lui faire une remarque sur le non port des EPI !
Le bon chasseur de risques ne cherche pas à désigner un responsable. Il a à cœur que chacun rentre en bonne santé chez lui après le boulot. Signaler un danger n'est pas un acte de dénonciation. C'est un acte de prévention.
3. S'entraîner régulièrement pour développer le réflexe sécurité
Personne ne devient pianiste virtuose en lisant un livre sur le piano.
Il en va de même pour la sécurité.
La détection des situations dangereuses est une compétence qui se développe par l'entraînement. Plus nous exerçons notre capacité d'observation, plus notre cerveau apprend à passer en mode conscient au bon moment pour repérer rapidement les écarts et les anomalies.
C'est pourquoi les organisations les plus performantes en matière de sécurité multiplient les occasions de s'entraîner :
- visites managériales de sécurité ;
- causeries terrain ;
- formations ;
- retours d'expérience.
Avec le temps, cette vigilance devient un réflexe. Le salarié ne cherche plus les risques parce qu'on lui demande de le faire. Il devient proactif et les détecte naturellement. D’ailleurs son comportement en sécurité a changé.
Développer une culture de chasseur de risques
Former des chasseurs de risques ne consiste pas à diffuser davantage de règles.
Il s'agit avant tout de comprendre comment fonctionne le cerveau humain et d'aider chacun à développer les bons réflexes.
Chez AFORMA CONSEIL, nous accompagnons les entreprises dans cette démarche à travers une approche basée sur les Facteurs Organisationnels et Humains (FOH).
Nous aidons les équipes à comprendre pourquoi certains risques deviennent invisibles, comment dépasser les biais qui influencent nos décisions et comment développer une vigilance durable.
Parce qu'une culture sécurité performante ne repose pas uniquement sur les procédures.
Elle repose avant tout sur la capacité de chacun à voir, signaler et agir pour qu’aucun accident ne survienne.
Et c'est précisément ce qui fait la différence entre subir les risques et les maîtriser.
Auteur : Eric Marin, AFORMA CONSEIL.

