Arrêts cardiaques au travail : les enseignements d’une étude de l’INRS

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Une nouvelle étude de l’INRS révèle les facteurs cachés derrière les malaises mortels au travail et les actions à mettre en place sans attendre.

Les accidents mortels au travail ne sont pas toujours liés à une chute, une machine ou un événement spectaculaire. Une part importante des décès reconnus chaque année survient à la suite d’un malaise soudain. Une récente étude présentée par l’INRS met en lumière les profils les plus exposés et les leviers de prévention qui pourraient permettre de sauver davantage de vies en entreprise.

Les malaises mortels représentent une part majeure des décès liés au travail

Selon les données de l’Assurance maladie – Risques professionnels, environ 760 décès accidentels liés au travail ont été reconnus en 2024. Parmi eux, près de six sur dix correspondent à des malaises mortels survenus pendant l’activité professionnelle ou à l’occasion du travail, sans qu’une cause externe immédiate puisse être identifiée.

À l’occasion du 38e Congrès national de médecine et de santé au travail, l’INRS a présenté les résultats d’une nouvelle analyse portant sur les cas recensés entre septembre 2023 et février 2025. Cette étude confirme les tendances déjà observées lors de précédents travaux : dans une très large majorité des situations, ces décès sont liés à des événements cardiovasculaires brutaux, principalement des infarctus du myocarde.

Les chercheurs ont notamment étudié les circonstances de survenue des malaises, les caractéristiques des victimes ainsi que les conditions de travail pouvant favoriser ces événements. L’objectif est de mieux comprendre les mécanismes en jeu afin de renforcer les stratégies de prévention dans les entreprises.

Des profils et des situations de travail particulièrement exposés

L’étude montre que les hommes sont très majoritairement concernés par ces décès soudains. Ils représentent près de 88 % des victimes recensées. L’âge médian observé est de 53 ans, ce qui souligne l’importance de la prévention cardiovasculaire tout au long de la carrière professionnelle.

Certaines professions apparaissent davantage représentées dans les cas analysés. Les conducteurs de poids lourds occupent la première place, suivis des cadres et dirigeants. D’autres métiers, comme les agents d’entretien ou certains professionnels qualifiés du bâtiment, figurent également parmi les catégories concernées.

Au-delà des professions, plusieurs facteurs liés à l’activité de travail reviennent régulièrement dans les récits d’accidents :

  • Les manutentions et efforts physiques importants.
  • Le travail de nuit ou en horaires décalés.
  • L’exposition au froid ou aux fortes chaleurs.
  • Les contraintes organisationnelles et psychosociales.
  • Les situations où le salarié se retrouve seul au moment du malaise.

Un élément particulièrement marquant ressort de l’analyse : dans près des trois quarts des cas, la victime était seule lorsque l’événement s’est produit. Sans être nécessairement considérés comme des travailleurs isolés au sens réglementaire, ces salariés n’ont pas bénéficié d’une assistance immédiate, ce qui réduit fortement les chances de survie.

L’étude souligne également que l’activité exercée au moment du malaise correspondait généralement à une tâche habituelle. Ces événements ne surviennent donc pas uniquement dans des situations exceptionnelles ou à risque élevé.

Agir sur les facteurs de risque cardiovasculaire en entreprise

La première piste de prévention consiste à réduire les facteurs de risque susceptibles de favoriser les accidents cardiovasculaires. Cette démarche s’inscrit pleinement dans les obligations de prévention des employeurs et dans la logique du Document unique d’évaluation des risques professionnels.

Les entreprises peuvent agir sur plusieurs leviers :

  • Limiter les manutentions manuelles excessives.
  • Adapter les conditions de travail lors des épisodes de forte chaleur ou de froid intense.
  • Réduire les situations de stress chronique et les risques psychosociaux.
  • Améliorer l’organisation des horaires atypiques.
  • Lutter contre la sédentarité et favoriser l’activité physique adaptée.

Cette approche préventive est d’autant plus importante que les maladies cardiovasculaires résultent souvent d’une accumulation de facteurs professionnels et extraprofessionnels. La prévention doit donc être envisagée de manière globale, en intégrant à la fois les conditions de travail et l’état de santé du salarié.

Secours et suivi médical : deux leviers essentiels pour sauver des vies

Lorsque le malaise survient, la rapidité d’intervention devient déterminante. Les premières minutes qui suivent un arrêt cardiaque conditionnent largement les chances de survie de la victime. C’est pourquoi le développement des compétences en premiers secours constitue un axe majeur de prévention.

Former davantage de sauveteurs secouristes du travail et sensibiliser l’ensemble des salariés aux gestes qui sauvent permet d’améliorer la prise en charge immédiate des victimes. Savoir reconnaître les signes d’un arrêt cardiaque, alerter rapidement les secours, pratiquer un massage cardiaque ou utiliser un défibrillateur automatisé externe peut faire la différence.

Le suivi médical représente également un outil précieux. La visite de mi-carrière, réalisée par les services de prévention et de santé au travail, constitue une opportunité pour repérer certains facteurs de risque cardiovasculaire et sensibiliser les salariés aux symptômes qui doivent les alerter.

De nombreux récits analysés dans l’étude montrent en effet que certaines victimes avaient ressenti des douleurs thoraciques, un essoufflement inhabituel ou d’autres signes précurseurs dans les jours ou les heures précédant le malaise. Ces alertes ont parfois été minimisées ou ignorées, retardant ainsi une prise en charge médicale pourtant essentielle.

Au regard des enseignements de cette étude, la prévention des malaises mortels ne peut donc pas se limiter à la gestion des accidents. Elle passe par une démarche globale associant évaluation des risques, organisation des secours, suivi de la santé des salariés et sensibilisation aux facteurs cardiovasculaires.

Sur le même sujet : Malaises mortels au travail : apports de la base EPICEA.

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