Le harcèlement moral au travail : une défaillance organisationnelle

Classé dans la catégorie : Risques pour l'Homme au travail

Le harcèlement moral au travail ne se résume pas à une question de personnalités toxiques. Trop souvent, l’usage abusif du terme "pervers narcissique" empêche d’analyser les véritables mécanismes systémiques en jeu. Ce réductionnisme masque une réalité plus complexe : le harcèlement résulte de dysfonctionnements managériaux et organisationnels profonds.

Dans le monde du travail, la sensibilisation aux risques psychosociaux a fait émerger des termes comme "burn-out" ou "stress". S’ils permettent une meilleure reconnaissance des problèmes, ils subissent aussi des détournements qui nuisent à leur compréhension. Ainsi, une mauvaise blague ne constitue pas un acte de harcèlement, et tous les comportements irrespectueux ne relèvent pas d’une pathologie narcissique.

Le harcèlement ne se limite pas à un affrontement entre un "bourreau" et une "victime". Il émerge dans des environnements où des micro-agressions quotidiennes restent impunies : une remarque déplacée, l’exclusion d’une réunion, un contrôle excessif des tâches... Individuellement anodins, ces événements créent, par accumulation, un climat de souffrance et d’insécurité psychologique.

Un management inefficace, incapable d’identifier et de réguler ces dérives, laisse prospérer ces comportements toxiques. La théorie de la "vitre brisée" illustre bien ce phénomène : un acte de vandalisme non sanctionné en appelle d'autres. De même, en entreprise, l'absence de réaction face à des comportements nuisibles normalise la toxicité et renforce la loi du plus fort.

La lutte contre le harcèlement exige donc une responsabilisation à tous les niveaux. Si les managers doivent agir, encore faut-il qu’ils soient soutenus par leur hiérarchie. Le top management doit montrer l’exemple en étant intransigeant face à ces situations, indépendamment des performances individuelles.

Un employé efficace mais toxique ne doit jamais être protégé au détriment du bien-être collectif. La performance ne peut justifier la maltraitance. Réguler le harcèlement moral ne repose pas seulement sur la dénonciation d'individus, mais bien sur une transformation des pratiques et des valeurs au sein de l'organisation.

Source : Harcèlement moral au travail : l’impasse de la prétendue perversité.

Les derniers produits : Toutes les categories