Accidents du travail en baisse… mais la hausse des maladies inquiète

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Les dernières données sur la sinistralité professionnelle montrent une évolution préoccupante du paysage des risques au travail. Si les accidents du travail diminuent légèrement, les maladies professionnelles progressent nettement, révélant l’impact croissant des expositions prolongées aux contraintes physiques et organisationnelles dans les entreprises.

Une légère baisse des accidents du travail, mais des secteurs toujours très exposés

Les statistiques récentes montrent une diminution modérée des accidents du travail. En 2024, un peu plus de 549 000 accidents ont été reconnus, soit une baisse d’environ 1 % par rapport à l’année précédente.

Cette évolution reste toutefois contrastée selon les secteurs d’activité. Certains domaines professionnels concentrent une part importante des accidents déclarés :

  • les activités de santé et d’aide à la personne
  • le nettoyage et les services de propreté
  • le travail temporaire
  • les métiers de l’alimentation
  • le transport et la logistique
  • le secteur du bâtiment et des travaux publics

Ces activités cumulent des contraintes physiques importantes, des rythmes de travail soutenus et parfois des conditions organisationnelles difficiles, ce qui augmente mécaniquement l’exposition aux risques.

Du point de vue des causes, les manutentions manuelles restent le principal facteur d’accident. Elles représentent à elles seules près de la moitié des situations accidentelles. Les chutes — qu’elles soient de plain-pied ou de hauteur — constituent le second facteur, à l’origine d’environ 30 % des accidents.

Malgré la baisse globale du nombre d’accidents, la mortalité professionnelle demeure préoccupante. Plus de 760 décès liés à un accident du travail ont été enregistrés en 2024. Une grande partie d’entre eux est liée à des malaises survenus en situation professionnelle, tandis que les accidents de circulation représentent également une part significative.

Les accidents de trajet restent stables mais toujours meurtriers

Les accidents survenant lors des déplacements entre le domicile et le lieu de travail affichent une relative stabilité. En 2024, près de 95 000 accidents de trajet ont été recensés, avec une légère augmentation par rapport à l’année précédente.

Ces accidents entraînent encore un nombre élevé de décès. Plus de 300 morts ont été enregistrés sur l’année, et une large majorité d’entre eux est liée à des collisions ou incidents routiers.

Les principales causes identifiées sont :

  • la perte de contrôle d’un véhicule
  • les collisions entre véhicules
  • les chutes lors des déplacements

La perte de maîtrise d’un moyen de transport constitue à elle seule la cause principale des accidents de trajet. Les chutes représentent également une part importante des sinistres, notamment lors des déplacements à pied.

Les modes de mobilité dits « doux », comme le vélo ou la trottinette, restent minoritaires dans les statistiques. Leur part a même légèrement diminué ces dernières années, bien qu’ils continuent de faire partie des situations à surveiller dans les politiques de prévention.

La progression inquiétante des maladies professionnelles

Le phénomène le plus marquant dans l’évolution des risques professionnels concerne la hausse des maladies professionnelles. En 2024, plus de 50 000 cas ont été reconnus, ce qui représente une progression de près de 7 % en un an.

Cette tendance atteint désormais un niveau inédit depuis une décennie et confirme une transformation profonde des problématiques de santé au travail.

Les troubles musculosquelettiques (TMS) demeurent largement dominants. Ils représentent l’immense majorité des pathologies reconnues et continuent de progresser.

Ces troubles sont souvent liés à :

  • la répétition des gestes
  • les efforts physiques importants
  • les postures contraignantes
  • les cadences de travail élevées

En parallèle, les affections psychiques liées au travail poursuivent leur progression. Les cas reconnus ont fortement augmenté ces dernières années, traduisant une prise de conscience croissante des risques psychosociaux.

Stress chronique, surcharge de travail, pression managériale ou perte de sens sont autant de facteurs susceptibles de provoquer des troubles psychologiques durables chez les salariés.

Par ailleurs, les problématiques de santé mentale ne se limitent pas aux seules maladies professionnelles reconnues. De nombreux accidents du travail sont également liés à des facteurs psychosociaux, ce qui confirme l’importance de ces enjeux dans la prévention globale.

Des risques moins visibles mais de plus en plus déterminants

L’augmentation des maladies professionnelles met en évidence un changement de nature des risques au travail. Contrairement aux accidents, souvent immédiats et visibles, ces pathologies résultent généralement d’une exposition prolongée à des contraintes physiques ou organisationnelles.

Ces risques chroniques sont parfois plus difficiles à détecter et à prévenir, car leurs effets apparaissent progressivement au fil du temps.

Pour les entreprises et les acteurs de la prévention, cette évolution impose d’élargir l’approche de la sécurité au travail. Il ne s’agit plus uniquement de réduire les accidents visibles, mais aussi d’identifier les facteurs de risque diffus qui peuvent détériorer la santé des salariés sur le long terme.

Cela suppose notamment de travailler sur :

  • l’organisation du travail
  • les conditions physiques des postes
  • la charge mentale et la pression professionnelle
  • l’amélioration durable de la qualité de vie au travail

Cette transformation des enjeux de prévention rappelle que la santé au travail ne dépend pas uniquement des équipements de sécurité ou des procédures techniques. Elle repose également sur la manière dont le travail est organisé, encadré et vécu au quotidien par les salariés.

Sur le même sujet : Le poids croissant des risques chroniques et organisationnels.

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