Et si nous gérions notre énergie comme les sportifs de haut niveau ?

Classé dans la catégorie : Risques pour l'Homme au travail

Nous rechargeons nos téléphones avant qu'ils ne tombent en panne… pourquoi attendons-nous si souvent que les femmes et les hommes qui font vivre nos entreprises soient à bout de souffle pour agir ?

Nous avons tous adopté les mêmes réflexes avec nos appareils électroniques. Lorsque la batterie de notre téléphone faiblit, nous cherchons instinctivement un chargeur, nous fermons les applications inutiles ou activons le mode économie d'énergie. Nous savons qu'il vaut mieux anticiper la panne que la subir.

Pourquoi agissons-nous si différemment avec notre propre énergie ?

Nous repoussons les pauses, nous enchaînons les réunions, nous répondons aux sollicitations permanentes et reportons souvent le repos au soir, au week-end ou aux prochaines vacances, comme si quelques jours suffisaient à compenser plusieurs mois de surcharge.

Cette comparaison peut sembler simpliste. Pourtant, elle illustre parfaitement l'un des grands enjeux de la prévention en entreprise. Nous disposons aujourd'hui de nombreux indicateurs pour mesurer les conséquences d'une dégradation de la santé au travail : accidents, absentéisme, maladies professionnelles ou turn-over. En revanche, nous observons encore trop rarement les premiers signes d'une baisse progressive de l'énergie physique, cognitive ou émotionnelle des collaborateurs.

Dans le sport de haut niveau, cette logique est totalement différente. Personne n'attend qu'un athlète soit blessé ou totalement épuisé pour adapter son entraînement. Toute la préparation repose sur un principe simple : alterner intelligemment les phases de sollicitation et de récupération afin de maintenir durablement la performance.

Et si cette philosophie pouvait aujourd'hui inspirer le monde de l'entreprise ? Car derrière les troubles musculosquelettiques (TMS), les risques psychosociaux (RPS), les accidents ou l'absentéisme se cache souvent une même réalité : une gestion insuffisante de l'énergie humaine.

Le sport de haut niveau : une école de la gestion de l'énergie

Le grand public imagine souvent le sport de haut niveau comme une succession d'entraînements intensifs où l'objectif serait de toujours faire plus.

En réalité, c'est presque l'inverse.

La véritable différence entre un sportif amateur et un sportif de haut niveau ne réside pas uniquement dans sa capacité à supporter davantage d'efforts. Elle réside surtout dans sa capacité à gérer son énergie.

La performance ne se construit pas uniquement pendant l'entraînement.

Elle se construit également pendant la récupération.

Durant mes années en équipe de France de kayak, puis plus tard en tant que kinésithérapeute et ostéopathe auprès de cette même équipe, j'ai compris une chose qui ne m'a jamais quitté : un entraîneur de haut niveau ne cherche pas systématiquement à terminer une séance avec un sportif totalement épuisé.

Son objectif est tout autre. Il cherche avant tout à construire un athlète capable d'être performant plusieurs mois plus tard, le jour où cela compte vraiment. Cette philosophie change complètement notre façon de considérer la performance.

Ils cherchaient à les faire progresser.

Et pour progresser, il fallait accepter qu'il existe un temps pour solliciter l'organisme… et un temps pour lui permettre de s'adapter.

L'objectif n'était donc pas de s'entraîner toujours plus.

L'objectif était de trouver le bon équilibre entre la charge de travail et la capacité de récupération.

Les équipes de l'INSEP parlent d'ailleurs davantage de gestion de charge que de quantité d'entraînement.

Chaque séance constitue un stress pour l'organisme.

C'est pendant la récupération que le corps répare les tissus, recharge ses réserves énergétiques et devient plus performant.

Sans récupération…

Il n'y a pas d'adaptation.

Et sans adaptation…

Il n'y a plus de progression.

Ce principe, parfaitement intégré dans le sport de haut niveau, est finalement très proche de ce que nous observons aujourd'hui dans les entreprises.

Notre organisme fonctionne-t-il vraiment comme une batterie ?

Si cette comparaison nous parle autant, ce n'est pas uniquement parce qu'elle est visuelle.

C'est surtout parce qu'elle est physiologiquement juste.

Contrairement à un téléphone, notre organisme ne nous indique jamais que nous sommes à 18 % de nos capacités. Pourtant, il nous envoie continuellement des signaux qui traduisent une baisse progressive de nos réserves énergétiques.

Une fatigue inhabituelle.

Une baisse de concentration.

Des douleurs qui apparaissent plus rapidement.

Une irritabilité plus marquée.

Une récupération de moins en moins efficace.

Autant d'indicateurs qui montrent que notre organisme commence à puiser dans ses réserves.

Les recherches de l'INSERM rappellent que notre cerveau, bien qu'il ne représente qu'environ 2 % de notre poids corporel, consomme à lui seul près de 20 % de notre énergie. Chaque décision, chaque interruption, chaque changement de tâche ou chaque situation de stress mobilise une partie de cette énergie.

C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles une journée passée devant un écran peut parfois être aussi fatigante qu'une activité physique soutenue.

Mais la fatigue ne s'arrête pas au cerveau.

Elle modifie également notre façon de bouger.

Lorsque nos capacités diminuent, les gestes deviennent moins précis, les compensations musculaires apparaissent plus rapidement, les postures se dégradent progressivement et notre vigilance diminue. L'INRS rappelle d'ailleurs que la fatigue constitue un facteur favorisant aussi bien les accidents du travail que les troubles musculosquelettiques.

À l'inverse, une douleur persistante sollicite en permanence notre cerveau. Elle mobilise une partie de notre attention, diminue nos capacités de concentration et augmente notre fatigue cognitive. C'est précisément cette interaction permanente entre le corps et le cerveau qui explique pourquoi il devient aujourd'hui difficile de dissocier totalement les TMS des RPS.

Finalement, notre organisme fonctionne bien comme une batterie.

La différence est simple : lorsqu'un téléphone affiche 20 % de batterie, nous adaptons immédiatement notre comportement. Lorsqu'un collaborateur fonctionne à 20 % de ses capacités, nous lui demandons bien souvent un effort supplémentaire.

La différence est que nous acceptons beaucoup plus facilement d'être à 20 % de nos capacités que de voir notre téléphone afficher ce même niveau de charge.

Et c'est probablement là que réside tout l'enjeu de la prévention.

Pourquoi les entreprises continuent-elles à piloter les conséquences plutôt que l'énergie ?

Dans le sport de haut niveau, les entraîneurs cherchent rarement à mesurer uniquement le résultat final. Ils observent tout ce qui peut annoncer une baisse de performance : la qualité du sommeil, la récupération, la fatigue, les douleurs, la motivation ou encore les capacités de concentration. L'objectif est simple : intervenir avant que la blessure ou la contre-performance ne survienne.

En entreprise, nous faisons souvent l'inverse.

Nous suivons les accidents du travail.

Les maladies professionnelles.

L'absentéisme.

Le turn-over.

Les inaptitudes.

Autrement dit, nous mesurons très bien les conséquences… mais beaucoup moins les causes.

Pourtant, un arrêt de travail n'arrive jamais du jour au lendemain. Il est souvent précédé d'une succession de signaux faibles : une fatigue qui s'installe, des douleurs de plus en plus fréquentes, une baisse de vigilance, une récupération insuffisante, une perte de motivation ou encore une diminution progressive des capacités d'adaptation.

Ces indicateurs sont rarement intégrés dans les démarches de prévention, alors qu'ils constituent probablement les premiers témoins d'un déséquilibre.

C'est précisément ce que nous avons appris dans le sport de haut niveau : plus on intervient tôt, moins les conséquences sont importantes.

Cette logique devrait inspirer davantage le monde de l'entreprise.

Car attendre qu'un collaborateur développe un TMS, s'épuise psychologiquement ou soit en arrêt de travail pour agir revient finalement à attendre que la batterie soit complètement vide avant de chercher un chargeur.

La prévention ne consiste donc pas uniquement à réduire les risques.

Elle consiste surtout à préserver durablement les capacités physiques, cognitives et émotionnelles des femmes et des hommes qui composent l'entreprise.

Et c'est probablement cette évolution qui transformera la prévention des prochaines années : passer d'une logique de réparation à une véritable culture de l'anticipation.

La prévention de demain sera forcément pluridisciplinaire

Deux salariés peuvent occuper le même poste, utiliser les mêmes outils et être exposés aux mêmes contraintes, sans pour autant développer les mêmes douleurs ou les mêmes difficultés.

Pourquoi ?

Parce que nous ne sommes pas tous construits de la même manière.

Notre condition physique, notre récupération, nos habitudes de mouvement, notre sommeil, notre niveau de stress ou encore notre histoire personnelle influencent directement notre capacité à nous adapter aux contraintes du travail.

C'est précisément pour cette raison que la prévention ne peut plus reposer sur une seule lecture.

L'ergonome analyse l'activité réelle et l'organisation du travail.

Le préventeur maîtrise les démarches d'évaluation des risques.

Le manager connaît son équipe.

Les professionnels de santé apportent, quant à eux, une compréhension fine du fonctionnement du corps humain, du mouvement, de la douleur et des capacités d'adaptation de l'organisme.

Ces approches ne s'opposent pas, elles se complètent.

C'est précisément cette complémentarité qui permet aujourd'hui de passer d'une prévention centrée sur les risques à une prévention centrée sur l'humain. Plus nous comprenons les capacités d'adaptation des individus, plus nos actions deviennent pertinentes, efficaces et durables.

Chez Cinésis, nous avons construit notre démarche autour de cette complémentarité. Ergonomes, professionnels de santé et experts de la prévention croisent leurs regards afin de mieux comprendre les situations de travail et proposer des actions réellement adaptées aux femmes et aux hommes qui les vivent.

Car au fond, prévenir efficacement ne consiste pas uniquement à analyser un poste de travail.

C'est avant tout comprendre la personne qui l'occupe.

Conclusion

Le sport de haut niveau nous enseigne finalement une chose essentielle : la performance ne dépend pas uniquement de la qualité de l'entraînement, mais de la capacité à gérer intelligemment l'énergie disponible. Les plus grands athlètes ne deviennent pas performants parce qu'ils s'entraînent toujours plus ; ils le deviennent parce qu'ils savent alterner les périodes de sollicitation, de récupération et d'adaptation.

L'entreprise est aujourd'hui confrontée au même défi. Les enjeux de performance, de fidélisation, de santé au travail et de prévention ne pourront plus être abordés uniquement sous l'angle de la réglementation ou des obligations. Ils nécessitent une compréhension plus fine du fonctionnement humain, des capacités d'adaptation de chacun et des interactions permanentes entre le corps, le cerveau et l'environnement de travail.

C'est précisément cette vision que nous développons chez Cinésis. Inspirée du sport de haut niveau, enrichie par les connaissances scientifiques et portée par une équipe pluridisciplinaire composée d'ergonomes, de professionnels de santé et d'experts de la prévention, notre démarche consiste à comprendre les femmes et les hommes avant de chercher à corriger les situations de travail.

Parce que la véritable performance ne se résume jamais à produire davantage aujourd'hui. Elle consiste à permettre aux collaborateurs de rester performants, engagés et en bonne santé tout au long de leur parcours professionnel.

Après tout, nous rechargeons spontanément nos téléphones avant que leur batterie ne soit vide. Il est peut-être temps d'adopter la même logique avec notre capital le plus précieux : l'énergie humaine.

La performance durable ne consiste pas à demander toujours plus d'énergie aux collaborateurs, mais à apprendre à préserver celle dont ils disposent. C'est là que commence, selon nous, la véritable prévention.

"Les entreprises investissent naturellement dans leurs bâtiments, leurs machines, leurs logiciels ou leurs équipements. Pourtant, leur véritable richesse ne fonctionne ni à l'électricité, ni au carburant. Elle fonctionne à l'énergie des femmes et des hommes qui les composent. Préserver cette énergie n'est pas une dépense. C'est probablement le meilleur investissement qu'une organisation puisse réaliser."

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