PFAS et santé au travail : ce que révèle une enquête alarmante en entreprise

Classé dans la catégorie : Risques pour l'environnement

Utilisées depuis des décennies dans de nombreux procédés industriels, les substances per- et polyfluoroalkylées posent aujourd’hui un défi majeur en santé au travail. Malgré leur médiatisation croissante, les expositions professionnelles restent difficiles à identifier, évaluer et prévenir efficacement.

Les PFAS : des substances omniprésentes dans de nombreux environnements de travail

Les PFAS constituent une vaste famille de plusieurs milliers de composés chimiques développés pour leurs propriétés techniques exceptionnelles : résistance à la chaleur, aux graisses, à l’eau ou aux produits chimiques. Ces caractéristiques expliquent leur utilisation massive dans des secteurs aussi variés que la chimie, la métallurgie, le textile, l’agroalimentaire, la gestion des déchets ou encore la lutte contre les incendies.

Dans le cadre professionnel, les travailleurs peuvent être exposés aux PFAS tout au long du cycle de vie des produits : lors de leur fabrication, de leur transformation, de leur utilisation ou de leur élimination. Les principales voies d’exposition sont l’inhalation de poussières, de fumées ou de vapeurs, mais aussi, dans une moindre mesure, l’ingestion accidentelle liée à des pratiques d’hygiène insuffisantes.

Ces substances sont loin d’être anodines. Plusieurs PFAS sont aujourd’hui associés à des effets graves sur la santé, notamment :

  • des atteintes du système immunitaire ;
  • des perturbations endocriniennes ;
  • des troubles neurologiques ;
  • des effets toxiques sur le foie et la reproduction ;
  • un risque cancérogène pour certains composés.

Leur persistance exceptionnelle, à la fois dans l’environnement et dans l’organisme humain, explique qu’on les qualifie souvent de « polluants éternels ». Cette caractéristique renforce les enjeux de prévention en milieu professionnel.

Des métiers identifiés, mais une connaissance encore très parcellaire

Les données disponibles sur l’exposition professionnelle aux PFAS restent limitées et concernent principalement les secteurs historiquement reconnus comme fortement exposés. Parmi eux figurent notamment les services d’incendie, l’industrie chimique, la fabrication de textiles techniques, la métallurgie ou certaines activités de maintenance spécialisées, comme le fartage des skis.

Cette focalisation sur quelques métiers masque une réalité plus large. De nombreux salariés peuvent être exposés sans en avoir conscience, notamment lorsque les PFAS sont présents sous forme de résidus, d’additifs ou de produits intermédiaires. L’absence de mention explicite de ces substances dans les documents techniques complique encore leur repérage.

La multiplicité des composés concernés, souvent désignés par des dénominations complexes, constitue un obstacle supplémentaire pour les acteurs de la prévention. Cette situation contribue à une sous-estimation globale du risque chimique lié aux PFAS dans de nombreux établissements.

Une enquête nationale qui met en lumière les angles morts de la prévention

Afin de mieux cerner les usages et les pratiques en entreprise, une enquête nationale a été menée auprès de près de 900 établissements impliqués dans la fabrication, l’utilisation ou le traitement de déchets contenant des PFAS. Les secteurs interrogés couvrent un large spectre industriel, allant de la production de machines à la collecte des déchets.

Les résultats révèlent une situation préoccupante : plus de la moitié des entreprises interrogées estiment ne pas être concernées par les PFAS, tandis qu’une part significative déclare ne pas savoir si ces substances sont présentes dans leurs activités. Cette incertitude s’explique principalement par :

  • la difficulté à identifier les PFAS dans les produits utilisés ;
  • le manque d’informations spécifiques dans les fiches de données de sécurité ;
  • une connaissance encore insuffisante du sujet en interne.

Si la majorité des établissements disposent bien d’une évaluation du risque chimique, celle-ci reste le plus souvent générale et rarement dédiée aux PFAS. Lorsqu’une démarche spécifique existe, elle est récente et encore peu approfondie. Dans le secteur des déchets, les analyses ciblées sur ces substances demeurent marginales.

Intégrer les PFAS dans une démarche globale de prévention des risques chimiques

Comme pour tout agent chimique dangereux, les expositions aux PFAS doivent être intégrées dans le document unique d’évaluation des risques professionnels. Cette démarche suppose un travail rigoureux de repérage des substances, en tenant compte des spécificités de chaque secteur d’activité.

Lorsque l’utilisation de PFAS est avérée, plusieurs leviers de prévention peuvent être mobilisés selon la hiérarchie des mesures :

  1. la suppression ou la substitution des substances, lorsque cela est techniquement possible ;
  2. la mise en place de protections collectives adaptées, comme le captage à la source ou le confinement ;
  3. l’adaptation de l’organisation du travail pour limiter les expositions ;
  4. le recours à des équipements de protection individuelle appropriés.

Toute stratégie de substitution doit toutefois être menée avec prudence, afin d’éviter le remplacement par des substances dont la toxicité serait mal connue. En parallèle, l’information et la formation des salariés constituent un pilier essentiel pour réduire durablement les risques.

 

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