Travailler (et se déplacer) sous la pluie : un risque santé souvent sous-estimé

Classé dans la catégorie : Risques pour l'Homme au travail

BTP, espaces verts, voirie, maintenance de réseaux, logistique extérieure… Pour de nombreux professionnels, la météo ne suspend pas l’activité.

Pluie fine persistante, averses répétées, sols boueux, vêtements humides toute la journée… et parfois même le trajet domicile-travail à vélo sous la pluie.

Si la chaleur ou le froid sont clairement identifiés comme risques professionnels, l’exposition prolongée à l’humidité reste largement banalisée.

Pourtant, travailler mouillé ou arriver déjà trempé sur son poste n’est pas qu’une question d’inconfort. C’est un facteur de fatigue, de troubles musculosquelettiques (TMS), d’atteintes cutanées et d’accidents.

Décryptage et pistes concrètes de prévention.

Pourquoi l’humidité fatigue autant le corps ?

Refroidissement accéléré

L’exposition au froid humide augmente la déperdition thermique du corps, un phénomène bien documenté par l’INRS dans sa recommandation de prévention des risques liés au froid, qui rappelle que les vêtements humides isolent mal et accentuent la perte de chaleur même à des températures modérées.

Un vêtement mouillé fait perdre jusqu’à 20 à 25 fois plus de chaleur qu’un vêtement sec.

Conséquences :

  • muscles plus raides
  • moins de mobilité articulaire
  • perte de coordination
  • baisse de force
  • blessures plus fréquentes

Un muscle froid est un muscle vulnérable.

Crispation posturale

La ressource pratique de l’ANACT souligne que les sols humides augmentent significativement le risque de glissades et de chutes de plain-pied, en particulier lorsqu’il n’y a pas de revêtement antidérapant ou d’entretien adapté des surfaces de circulation.

De même, l’INRS rappelle l’importance d’évaluer et de prévenir les risques de chutes, avec des mesures concrètes comme le choix de revêtements antidérapants ou l’éclairage des zones de circulation notamment en conditions glissantes.

Sous la pluie, le corps se met inconsciemment « en protection » :

  • épaules relevées
  • dos voûté
  • gestes plus tendus
  • appuis instables

Ce fonctionnement augmente la charge mécanique et favorise : lombalgies, tendinites, fatigue précoce, TMS

Sols glissants = risques mécaniques

La pluie multiplie :

  • glissades
  • faux pas
  • entorses
  • chutes de plain-pied ou de hauteur

Les sols humides figurent parmi les premières causes d’accidents du travail en extérieur.

Les pieds : le maillon faible souvent négligé

Les affections cutanées comme les mycoses plantaires figurent dans le tableau n°46 des maladies professionnelles, qui reconnaît l’exposition prolongée à l’humidité comme facteur favorisant ces pathologies chez les travailleurs (BTP, chantier, milieu extérieur).

Le pied est la base de toute la posture. Or, des pieds humides pendant plusieurs heures entraînent :

  • macération
  • mycoses
  • ampoules
  • douleurs cutanées
  • perte de sensibilité

Mais aussi :

  • moins de stabilité
  • moins de précision d’appui
  • plus de compensations posturales

Résultat : plus de douleurs genoux/dos, plus de fatigue, plus de risque de chute. Quand le pied est instable, tout le corps compense.

Le trajet à vélo : le risque commence parfois avant le travail

De plus en plus de salariés utilisent le vélo pour leurs trajets, un excellent choix santé… sauf sous la pluie.

Même si les documents de prévention nationaux ne traitent pas exclusivement du vélo, l’obligation générale de prévention des risques professionnels incluse dans le Code du travail (articles L4121-1 et suivants) signifie que l’employeur doit intégrer toutes les expositions identifiées dans le Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels (DUERP), y compris celles liées aux trajets et conditions climatiques (pluie, froid). L’INRS rappelle cette obligation d’évaluation systématique des risques.

Arriver déjà mouillé au travail signifie :

  • refroidissement musculaire avant la prise de poste
  • vêtements gardés humides plusieurs heures
  • fatigue plus rapide
  • baisse de vigilance

Et côté sécurité :

  • freinage moins efficace
  • visibilité réduite
  • adhérence diminuée
  • risque de chute accru

On démarre donc parfois sa journée déjà fatigué et en tension musculaire, ce qui augmente ensuite le risque de blessure sur le chantier.

Retour d’expérience : apprendre à “jouer avec les éléments”

Cet enjeu d’humidité, je l’ai aussi vécu personnellement. Ayant passé une grande partie de ma vie sportive sur l’eau, avec des entraînements deux à trois fois par jour, par tous les temps, j’ai très vite compris une chose :
ce n’est pas seulement l’effort qui fatigue… c’est l’exposition prolongée aux éléments.

Vent, pluie, vêtements mouillés, refroidissement entre les séances… Si nous ne gérions pas ces facteurs, la fatigue s’accumulait beaucoup plus vite que l’entraînement lui-même.

Dans le sport de haut niveau, nous avions donc des règles simples :

  • se sécher immédiatement
  • se changer systématiquement
  • garder les extrémités au chaud (pieds/mains)
  • éviter toute macération
  • remettre le corps en température rapidement

Parce que rester mouillé, c’était :

  • moins de performance
  • plus de blessures
  • récupération plus lente

Avec le recul, les parallèles avec les métiers en extérieur sont évidents. Un chantier sous la pluie ressemble parfois à une séance d’entraînement prolongée : si l’on ne protège pas le corps, la fatigue explose. Les professionnels exposés méritent la même logique que les sportifs : anticiper, protéger, récupérer.

Les leviers de prévention efficaces

Équipements adaptés

L’INRS recommande de fournir des vêtements adaptés à l’environnement thermique du poste de travail : multicouches, imperméables, respirants, pour limiter les pertes de chaleur et l’inconfort liés à l’humidité.
De la même manière, l’ANACT promeut l’intégration de solutions techniques simples dans l’environnement de travail (revêtements adaptés, sols antidérapants, nettoyage et entretien) pour réduire les risques liés aux conditions externes (pluie, sol humide).

Pieds :

  • chaussures imperméables respirantes
  • semelles antidérapantes SRC
  • chaussettes techniques
  • paire de rechange

Corps :

  • vêtements respirants multicouches
  • gants étanches
  • tenue sèche disponible

Cyclistes :

  • surpantalon imperméable
  • couvre-chaussures
  • veste haute visibilité
  • sac étanche
  • éclairage renforcé

Objectif : rester sec et éviter la macération.

Organisation :

Le principe général de prévention (Code du travail) implique une organisation du travail adaptée aux conditions climatiques (temps de pause, réchauffement, alternance des tâches, zones de repos au sec), ce que les guides de prévention des risques recommandent comme démarche essentielle.

  • pauses régulières au sec
  • local de séchage
  • rotation des tâches exposées
  • possibilité de se changer après un trajet vélo
  • planification adaptée à la météo

Sensibilisation :

Les ressources INRS et ANACT insistent toutes deux sur l’importance de sensibiliser les salariés à l’impact des ambiances thermiques et des conditions météorologiques sur la santé et la sécurité des travailleurs, et sur la nécessité de mettre en place des formations ou des communications régulières à ce sujet.

  • expliquer le lien humidité ↔ fatigue ↔ TMS ↔ accidents
  • encourager le changement de vêtements
  • proposer un échauffement articulaire
  • développer la vigilance sur les appuis

Préparer le corps comme un sportif :

5 minutes suffisent :

  • mobilisation chevilles/genoux/hanches
  • activation dos/épaules
  • exercices d’équilibre
  • mise en route cardio légère

Un corps chaud et mobile se blesse moins.

Aller plus loin : se former pour travailler dehors en sécurité

Ces situations ne relèvent pas seulement du bon sens individuel. Elles doivent être intégrées à une véritable démarche de prévention collective.

Chez Cinésis, nous accompagnons les entreprises exposées aux environnements extérieurs (BTP, voirie, réseaux, maintenance, espaces verts…) avec des formations spécifiques aux conditions de travail en extérieur, notamment en cas de pluie, de froid ou de sols glissants.

Objectif :

  • adapter les équipements
  • sécuriser les appuis et les déplacements
  • limiter la fatigue et les TMS
  • organiser le travail selon les conditions météo

Nous intégrons également systématiquement un volet souvent oublié : les trajets domicile–travail.
Vélo, marche, deux-roues, exposition au froid ou à la pluie… ces temps d’exposition font aujourd’hui pleinement partie du risque réel des salariés et doivent être pris en compte dans la prévention.

Parce que la sécurité ne commence pas au portail du chantier, elle commence dès le départ de la maison.

À retenir

La pluie n’est pas qu’un inconfort.
C’est un véritable facteur de risque professionnel, au travail comme sur le trajet.
Rester sec, garder ses appuis stables et maintenir la chaleur musculaire sont des leviers simples mais essentiels.
Parce qu’au fond, sur un chantier comme dans le sport : on ne lutte pas contre les éléments, on apprend à s’y adapter.

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