Les risques psychosociaux (RPS) et les troubles musculosquelettiques (TMS) sont encore trop souvent abordés séparément dans les démarches de prévention. Pourtant, l’expérience de terrain comme les données scientifiques montrent qu’ils sont étroitement liés.
La tension nerveuse influence directement la manière dont le corps fonctionne. Elle modifie la respiration, le tonus musculaire, la coordination et, à terme, la qualité du geste professionnel.
Lorsqu’un mouvement altéré est répété des dizaines, voire des centaines de fois par jour, il peut progressivement conduire à l’apparition de douleurs et de troubles musculosquelettiques.
Comprendre cette interaction constitue aujourd’hui un levier essentiel pour faire évoluer les approches de prévention en entreprise.
Le stress : un mécanisme d’adaptation avant tout
Le stress n’est pas une pathologie. Il s’agit avant tout d’un mécanisme d’adaptation indispensable à l’être humain.
Selon l’Institut national de recherche et de sécurité, le stress correspond à un déséquilibre entre la perception qu’une personne a des contraintes que lui impose son environnement et la perception qu’elle a de ses ressources pour y faire face.
Sur le plan physiologique, le stress active le système nerveux sympathique, responsable de la mobilisation de l’organisme face à une situation exigeante. Cette activation entraîne notamment :
- une augmentation de la fréquence cardiaque
- une élévation du tonus musculaire
- une respiration plus rapide
- une mobilisation accrue de l’énergie
- un niveau de vigilance renforcé
À court terme, cette réponse est utile. Elle permet d’agir rapidement, de s’adapter et parfois d’améliorer la performance.
Cependant, lorsque cette activation devient chronique et que l’organisme ne parvient plus à retrouver un état de récupération, les effets physiologiques peuvent progressivement devenir délétères.
Tempérament tonique : une qualité à réguler, pas un défaut
Certaines personnes présentent naturellement un tempérament plus engagé, plus dynamique ou plus intense. Cette énergie n’a rien de négatif. Dans de nombreux contextes professionnels, elle constitue même un véritable atout : capacité d’action, réactivité, implication dans les missions.
Il ne s’agit donc pas de considérer la tension nerveuse comme un défaut à corriger.
L’enjeu réside plutôt dans la capacité à réguler cette activation.
Un organisme efficace est capable d’augmenter son niveau de tension lorsque la situation l’exige, puis de revenir à un état de relâchement. Lorsque cette tension devient permanente, elle entraîne une surconsommation énergétique et modifie progressivement la mécanique corporelle.
Les effets du stress chronique sur le système musculosquelettique
L’activation prolongée du système nerveux sympathique maintient un niveau d’hypertonie musculaire. Les muscles restent partiellement contractés, même en dehors des phases d’effort.
On observe fréquemment :
- des tensions dans les trapèzes et la nuque
- une crispation des avant-bras
- une sollicitation excessive des muscles lombaires
- une respiration haute et thoracique
Cette tension de fond altère la coordination fine et modifie la qualité du mouvement. Le geste devient plus rigide, moins fluide et plus coûteux sur le plan énergétique.
Les travaux relayés par l’Institut national de recherche et de sécurité soulignent également le rôle des facteurs psychosociaux – pression temporelle, manque d’autonomie, contraintes organisationnelles – dans l’apparition des troubles musculosquelettiques.
Un muscle soumis à une tension permanente :
- consomme davantage d’énergie
- augmente les contraintes sur les tendons
- diminue ses capacités d’amortissement
- favorise l’apparition de micro-lésions
Avec le temps, ces phénomènes peuvent conduire à des douleurs persistantes et à l’installation de TMS.

Les enseignements du sport de haut niveau : la maîtrise du relâchement
Les principes observés dans le sport de haut niveau permettent d’éclairer ces mécanismes.
Dans le cadre de la préparation d’athlètes de l’équipe de France olympique de kayak, en collaboration avec la Fédération Française de Canoë-Kayak et dans la perspective des Jeux Olympiques, le travail ne porte pas uniquement sur la force ou l’endurance.
La performance repose aussi sur la capacité à alterner tension et relâchement.
À l’INSEP, la recherche de l’économie gestuelle constitue un principe central de la préparation des sportifs. Un athlète excessivement contracté :
- se fatigue plus rapidement
- perd en amplitude de mouvement
- diminue la précision technique
- augmente son risque de blessure
Le travail porte donc autant sur la respiration, la coordination et la perception corporelle que sur le développement de la puissance musculaire.
Un geste performant est avant tout un geste fluide.
Cette réalité physiologique ne concerne pas uniquement les sportifs. Le corps humain obéit aux mêmes lois biologiques dans le monde professionnel.
En entreprise : une mécanique comparable
Dans de nombreux secteurs – BTP, industrie, logistique, transport ou tertiaire – les contraintes organisationnelles peuvent maintenir un niveau d’activation élevé :
- pression des délais
- exigences de productivité
- surcharge cognitive
- tensions relationnelles
- manque de récupération
Dans ce contexte, les salariés développent souvent des mécanismes corporels inconscients : respiration bloquée, épaules relevées, mâchoires serrées, crispation des avant-bras.
Le geste professionnel devient alors plus rigide et moins économique. Lorsqu’il est répété quotidiennement, il augmente les contraintes mécaniques sur les structures musculosquelettiques.
La distinction entre RPS et TMS apparaît alors largement artificielle : le psychique influence directement la mécanique corporelle.
Recommandations opérationnelles pour les entreprises
Face à ces interactions, les entreprises ont tout intérêt à adopter une approche globale de la prévention.
Plusieurs leviers peuvent être mobilisés.
Intégrer les facteurs psychosociaux dans l’analyse des TMS
L’analyse des risques ne devrait pas se limiter aux contraintes physiques telles que la posture, les charges ou la répétitivité. Les facteurs organisationnels et psychosociaux influencent directement le niveau de tension musculaire et la qualité du geste.
Sensibiliser les salariés à l’impact du stress sur le corps
Une meilleure compréhension du fonctionnement physiologique permet souvent de modifier certains comportements. Informer les salariés sur les effets du stress sur la respiration, le tonus musculaire et la fatigue peut les aider à identifier leurs propres signaux d’alerte.
Favoriser les temps de récupération
L’organisme fonctionne par alternance entre activation et récupération. Lorsque cette alternance disparaît, la fatigue s’installe durablement. L’organisation du travail, la gestion des pauses et l’alternance des tâches constituent des leviers importants.
Développer des outils simples de régulation
Certaines techniques permettent de diminuer rapidement la tension physiologique :
- exercices respiratoires
- techniques de relâchement musculaire
- mobilisation articulaire
- cohérence cardiaque
Ces outils favorisent un retour rapide vers un état de relâchement et améliorent la qualité du mouvement.
L’approche de Cinésis : relier biomécanique et régulation du stress
Chez Cinésis Solutions Prévention Santé, l’approche de la prévention repose sur l’articulation entre expertise clinique et observation des gestes professionnels.
Notre démarche s’appuie sur trois étapes :
1- Analyse de la situation de l’entreprise
Avant toute intervention, un diagnostic est réalisé à partir de :
- l’analyse de l’accidentologie
- l’identification des signaux faibles
- l’observation des contraintes biomécaniques et organisationnelles
Cette analyse permet d’objectiver les facteurs de risque.
2 - Optimisation de la mécanique du mouvement
Les interventions visent ensuite à améliorer l’économie gestuelle :
- réduction des tensions inutiles
- optimisation des chaînes musculaires mobilisées
- amélioration de la fluidité du mouvement
3- Régulation de l’activation physiologique
Inspirées des méthodes utilisées dans le sport de haut niveau, certaines techniques permettent de mieux contrôler l’état de tension :
- travail respiratoire
- cohérence cardiaque
- exercices de relâchement musculaire
- amélioration de la conscience corporelle
Ces outils permettent aux collaborateurs de retrouver plus rapidement un état de relâchement et d’améliorer l’efficacité de leurs gestes professionnels.
Conclusion
Les troubles musculosquelettiques et les risques psychosociaux ne doivent plus être considérés comme deux problématiques distinctes. Ils constituent souvent les deux faces d’un même phénomène : un organisme soumis à un niveau d’activation trop élevé pendant trop longtemps.
La tension nerveuse influence directement la respiration, le tonus musculaire et la qualité du mouvement. Lorsqu’elle devient permanente, elle rend l’organisme plus énergivore et mécaniquement moins efficient.
L’expérience du sport de haut niveau rappelle une réalité simple : la performance durable repose sur l’équilibre entre tension et relâchement.
En entreprise comme dans le sport, apprendre à réguler cette tension constitue donc un levier essentiel pour préserver la santé, améliorer la qualité du geste professionnel et renforcer l’efficacité collective.
Auteur : Johann Divaret Fondateur Cinésis.