Les entreprises consacrent beaucoup de temps à identifier les risques professionnels. Elles analysent les situations de travail, les équipements, les déplacements, les produits chimiques ou encore les risques psychosociaux. Pourtant, certains facteurs de risque échappent encore largement aux démarches de prévention. Non pas parce qu'ils sont rares, mais parce qu'ils ne relèvent pas directement du travail. L'aidance en fait partie. Un salarié aidant n'est pas un nouveau risque à ajouter dans le Document Unique. En revanche, sa situation personnelle peut majorer plusieurs risques déjà identifiés : fatigue, baisse de vigilance, erreurs humaines, accidents de trajet ou de mission. Ignorer cette réalité, c'est parfois passer à côté d'un facteur explicatif majeur.
Les salariés aidants : un facteur de risque encore absent de nombreuses démarches de prévention
Les entreprises consacrent beaucoup de temps à identifier les risques professionnels. Elles analysent les situations de travail, les équipements, les déplacements, les produits chimiques ou encore les risques psychosociaux. Pourtant, certains facteurs de risque échappent encore largement aux démarches de prévention. Non pas parce qu'ils sont rares, mais parce qu'ils ne relèvent pas directement du travail. L'aidance en fait partie. Un salarié aidant n'est pas un nouveau risque à ajouter dans le Document Unique. En revanche, sa situation personnelle peut majorer plusieurs risques déjà identifiés : fatigue, baisse de vigilance, erreurs humaines, accidents de trajet ou de mission. Ignorer cette réalité, c'est parfois passer à côté d'un facteur explicatif majeur.
Qui sont les salariés aidants ?
Le terme "aidant" est de plus en plus utilisé, mais sa définition reste souvent floue. Un aidant est une personne qui accompagne régulièrement un proche en situation de handicap, de maladie ou de perte d'autonomie, sans être un professionnel de santé. Cette aide peut prendre des formes très différentes : accompagnement aux rendez-vous médicaux, aide administrative, courses, soins du quotidien ou soutien moral. Il n'existe pas de statut juridique unique de l'aidant et tous ne sont pas officiellement reconnus. Certains accompagnent un parent âgé, d'autres un conjoint atteint d'une maladie chronique ou encore un enfant en situation de handicap.
Longtemps considéré comme un sujet relevant exclusivement de la sphère privée, l'aidance concerne pourtant directement le monde du travail. Selon les données de l'OCIRP, l'âge moyen d'un salarié aidant est de 42,2 ans. Il consacre près de dix heures par semaine à son proche. Plus préoccupant encore, 82 % déclarent manquer de temps et 51 % renoncent à leurs propres soins faute de disponibilité. Pourtant, seuls 25 % ont informé leur employeur de leur situation.
Ces chiffres montrent une réalité simple : dans la majorité des entreprises, plusieurs salariés sont probablement aidants sans que personne ne le sache.
Pourquoi l'aidance est-elle un sujet de prévention ?
L'objectif d'une démarche de prévention consiste à identifier les facteurs susceptibles d'augmenter la probabilité d'un accident ou d'une atteinte à la santé. Sous cet angle, la situation d'aidance mérite toute l'attention des préventeurs.
Un salarié qui accompagne un proche atteint d'un cancer, qui se lève plusieurs fois par nuit pour assister un parent dépendant ou qui enchaîne les rendez-vous médicaux avant et après sa journée de travail ne présente pas un risque professionnel supplémentaire. En revanche, il peut accumuler une dette de sommeil, une fatigue chronique, une charge mentale importante ou des difficultés de concentration.
Ces facteurs sont déjà connus des préventeurs. Ils figurent parmi les causes de nombreux accidents et erreurs humaines. La différence est qu'ils trouvent ici leur origine en dehors de l'entreprise.
L'OCIRP estime d'ailleurs qu'un salarié aidant sur quatre cumule en moyenne seize jours d'arrêt maladie supplémentaires par an. Quarante-trois pour cent déclarent que leur situation dégrade fortement la qualité de leur travail et 44 % estiment que leur efficacité est réduite.
Ces données ne doivent pas être interprétées comme une remise en cause des salariés aidants. Elles montrent simplement qu'une situation personnelle peut avoir des répercussions concrètes sur certaines situations de travail.
Quelle place dans le Document Unique ?
La question revient régulièrement : faut-il créer un risque "aidance" dans le DUERP ? La réponse est non.
Le Document Unique n'a pas vocation à répertorier des catégories de salariés. Il sert à identifier les situations dangereuses auxquelles les travailleurs peuvent être exposés.
En revanche, la situation d'aidance peut constituer un facteur aggravant de risques déjà présents.
Prenons l'exemple d'un technicien de maintenance qui parcourt plusieurs dizaines de milliers de kilomètres par an. Si ce salarié accompagne en parallèle un proche gravement malade et dort seulement quelques heures chaque nuit depuis plusieurs semaines, le risque routier identifié dans le DUERP reste le même. En revanche, les facteurs qui augmentent la probabilité d'un accident évoluent. La fatigue, la baisse de vigilance et la charge mentale viennent renforcer un risque déjà connu.
Le raisonnement est identique dans un environnement industriel ou sur un chantier. Une dette de sommeil ou une forte charge mentale peuvent favoriser un oubli de procédure, une erreur de manipulation, un défaut de vigilance ou une mauvaise appréciation d'une situation dangereuse. Là encore, il ne s'agit pas d'ajouter un nouveau risque, mais de mieux comprendre les éléments qui peuvent expliquer son apparition.
Cette approche permet également d'enrichir les analyses d'accidents. Derrière certains événements qualifiés d'erreur humaine, il existe parfois des facteurs personnels qui méritent d'être identifiés avec prudence et sans jugement.
Prévenir sans être intrusif
Prendre en compte l'aidance ne signifie pas demander aux salariés de raconter leur vie personnelle.
L'enjeu consiste avant tout à créer un environnement dans lequel un collaborateur peut évoquer sa situation lorsqu'elle commence à avoir un impact sur son travail.
Former les managers, informer les salariés sur leurs droits, faire connaître les dispositifs existants, désigner un référent ou proposer des aménagements temporaires lorsque cela est possible constituent déjà des leviers efficaces. Le télétravail, la souplesse des horaires ou encore le don de jours de repos peuvent également répondre à certaines situations, sans remettre en cause l'organisation de l'entreprise.
La prévention commence souvent par une meilleure compréhension des réalités vécues par les collaborateurs.
Et si comprendre devenait un levier de prévention ?
L'une des difficultés de l'aidance est son invisibilité. Les managers comme les collègues n'ont souvent jamais vécu ce type de situation. Ils peinent donc à mesurer les conséquences qu'elle peut avoir sur une journée de travail.
C'est dans cette logique que certaines entreprises utilisent désormais des approches immersives pour compléter leurs actions de sensibilisation. L'expérience « Aidants, tous concernés », développée par R’volution, place les participants dans la peau de deux salariés aidants afin de leur faire vivre les arbitrages permanents, la fatigue, les difficultés de concentration et la charge mentale qui accompagnent souvent cette situation. L'objectif n'est pas de susciter la compassion. Il est de mieux comprendre comment une situation personnelle peut influencer certaines situations de travail et, par conséquent, enrichir la démarche de prévention de l'entreprise.
Auteur : R’volution.
