On parle beaucoup de sport, d’activité physique, de performance. Mais on parle encore trop peu d’immobilité.
La sédentarité s’est installée progressivement dans nos organisations, sans bruit, sans alerte immédiate. Elle ne fait pas tomber, ne coupe pas, ne brûle pas. Et pourtant, elle fragilise durablement les corps, les systèmes nerveux et la performance globale.
Ce que l’on oublie souvent, c’est que ce phénomène ne concerne pas uniquement les salariés de bureau. J’y ai été confronté tout au long de mon parcours dans le sport de haut niveau, puis en accompagnant des athlètes et des équipes confrontés à une réalité paradoxale : être très entraîné… mais aussi très sédentaire.
La sédentarité : un risque encore mal compris
La sédentarité n’est pas le contraire du sport. Ce n’est pas « ne rien faire ». C’est passer trop de temps, de façon répétée, en position assise ou statique, avec une faible dépense énergétique.
Dit autrement :
- on peut être sportif et sédentaire
- on peut respecter les recommandations d’activité physique
- et malgré tout exposer son corps à des risques importants.
Aller courir le soir, s’entraîner intensément ou faire du sport le week-end ne compense pas automatiquement 7 à 9 heures passées assis chaque jour.
Dans le monde du travail, ce constat est désormais bien documenté. Dans le sport de haut niveau, il est encore trop souvent sous-estimé.
Ce que le sport de haut niveau m’a appris sur la sédentarité
On pourrait penser que les sportifs de haut niveau sont protégés de la sédentarité. En réalité, ils y sont eux aussi fortement exposés.
Dans mon parcours auprès des sportifs et des équipes de haut niveau, j’ai observé des formes de sédentarité moins visibles mais bien réelles :
- de longues heures de transport (bus, avion)
- des temps prolongés assis entre deux séances
- une récupération trop souvent uniquement passive
- une exposition importante aux écrans (analyse vidéo, suivi de données, réunions techniques, temps passé sur les réseaux, séries, jeux…).
Le paradoxe est frappant : des athlètes très entraînés, mais présentant des raideurs chroniques, une perte de mobilité, des douleurs diffuses ou une fatigue nerveuse persistante.
Dans ces environnements exigeants, une chose est devenue évidente : le corps ne tolère pas l’immobilité prolongée, même lorsqu’il est très entraîné. La performance durable repose autant sur la capacité à interrompre les phases statiques que sur l’intensité de l’entraînement.
Les solutions mises en place dans le sport de haut niveau, micro mouvements, mobilité régulière, ruptures posturales fréquentes, gestion active de la récupération — sont aujourd’hui directement transposables au monde de l’entreprise.
C’est exactement le même principe qui s’applique en entreprise : préserver la santé et la performance passe par l’intégration intelligente du mouvement dans le quotidien de travail.
En entreprise, un risque silencieux mais bien réel
Dans le monde professionnel, la sédentarité agit lentement. Elle s’installe sans douleur franche au départ, puis génère progressivement :
- des troubles musculo-squelettiques (lombalgies, cervicalgies, épaules douloureuses)
- une fatigue chronique et une baisse de vigilance
- une diminution de la mobilité et de la tolérance à l’effort
- une altération de la concentration et de la performance cognitive
À long terme, les données scientifiques montrent également une augmentation des risques cardio-métaboliques, indépendamment du niveau d’activité physique pratiqué en dehors du travail.
C’est ce caractère insidieux qui rend la sédentarité particulièrement dangereuse : on s’y habitue, jusqu’à ce que le corps commence à envoyer des signaux plus forts.
Pourquoi « faire du sport » ne suffit pas
Dans le sport comme en entreprise, j’entends souvent la même phrase :
« Je fais déjà du sport, donc ça va. »
C’est une erreur fréquente.
La sédentarité est un comportement à part entière. Elle doit être prise en charge spécifiquement, au même titre que les charges physiques, les gestes répétitifs ou les contraintes organisationnelles.
Ce que nous avons mis en place dans le sport de haut niveau : routines micro-mouvements, mobilité régulière, ruptures posturales fréquentes, est aujourd’hui parfaitement transposable au monde du travail.
Prévenir la sédentarité : une approche simple, mais structurée
La prévention de la sédentarité ne repose pas sur des solutions spectaculaires, mais sur des actions cohérentes et répétées.
- Réintroduire du mouvement dans la journée
- pauses actives courtes toutes les 45 à 60 minutes
- changements réguliers de posture
- mobilisations simples, accessibles à tous
- Travailler sur l’environnement
- postes assis (ballon, siège ergonomique, waff -debout – à genoux)
- réunions téléphoniques en marchant
- organisation des espaces favorisant le déplacement
- Expliquer plutôt qu’imposer
- Comme dans le sport, l’adhésion vient de la compréhension. Quand les salariés comprennent pourquoi ils bougent, ils deviennent acteurs de leur prévention.
Un enjeu employeur, HSE et managérial majeur
Pour l’employeur, la sédentarité n’est ni un sujet périphérique, ni une simple question de confort. C’est un facteur de risque professionnel à part entière, qui engage directement la responsabilité de l’entreprise en matière de santé et de sécurité au travail.
Au même titre que les T.M.S, les risques psychosociaux ou les contraintes organisationnelles, la sédentarité doit être intégrée dans l’évaluation des risques et les plans de prévention. Pourquoi ? Parce qu’elle a des impacts mesurables et documentés sur :
- la santé physique des salariés
- la fatigue mentale et la vigilance
- la performance cognitive et décisionnelle
- l’absentéisme, le présentéisme et les arrêts de travail
- la performance durable des équipes
Pour l’employeur, ignorer la sédentarité, c’est laisser s’installer un risque invisible, progressif, mais coûteux à moyen et long terme.
À l’inverse, agir sur la sédentarité permet de répondre à plusieurs enjeux clés :
- obligation légale de prévention (article L.4121-1 du Code du travail)
- amélioration des conditions de travail
- réduction des troubles musculo-squelettiques
- maintien de la performance et de l’engagement dans la durée
Comme dans le sport de haut niveau, la prévention n’est pas une contrainte supplémentaire : c’est un levier de performance. Les organisations qui intègrent le mouvement dans le quotidien de travail construisent des équipes plus disponibles, plus résistantes et plus efficaces dans le temps.
C’est pour répondre à ces enjeux que, chez Cinésis, nous avons conçu des dispositifs concrets et complémentaires, en nous appuyant à la fois sur l’expérience du terrain en entreprise et sur les enseignements issus du sport de haut niveau.
Avec Gabriel Lebossé, responsable pédagogique, nous avons développé une approche structurée de la lutte contre la sédentarité, pensée pour être intégrée durablement dans les organisations. Cette approche repose sur des guides opérationnels, des outils pratiques et surtout des formations dédiées à la prévention de la sédentarité en entreprise.
Nous proposons aujourd’hui des formations spécifiques pour lutter contre la sédentarité, mais aussi une intégration systématique de ce sujet dans l’ensemble de nos formations en santé, prévention et performance au travail. Car la sédentarité est un facteur transversal : elle concerne tous les métiers, tous les secteurs et tous les niveaux de responsabilité.
Former les salariés, les managers et les équipes HSE à comprendre les mécanismes de la sédentarité, à identifier les situations à risque et à mettre en place des actions simples et mesurables permet de passer d’une sensibilisation ponctuelle à une véritable stratégie de prévention durable.
Cette démarche permet à l’employeur de répondre à ses obligations réglementaires tout en agissant concrètement sur la santé, l’engagement et la performance de ses ressources humaines.
Conclusion – De l’immobilité subie au mouvement organisé
La sédentarité n’est pas une fatalité liée au travail moderne. C’est un risque identifiable, mesurable et surtout évitable, à condition d’être abordé comme un véritable sujet de prévention professionnelle.
L’expérience du sport de haut niveau l’a montré depuis longtemps : la performance durable ne repose pas uniquement sur l’intensité de l’effort, mais sur l’intelligence de l’alternance entre activité, récupération active et variation des postures. En entreprise, les mécanismes sont exactement les mêmes.
Pour l’employeur, agir sur la sédentarité, ce n’est pas ajouter une contrainte supplémentaire, mais préserver les ressources humaines, limiter l’usure professionnelle et créer les conditions d’un engagement durable. C’est aussi répondre concrètement aux obligations de prévention tout en améliorant la qualité de vie et des conditions de travail.
Former, sensibiliser et outiller les équipes permet de passer d’une immobilité subie à un mouvement organisé, intégré au quotidien de travail.
C’est dans cette logique que Cinésis accompagne les entreprises : transformer un risque invisible en un levier concret de santé, de performance et de prévention à long terme.
Auteur : Johann Divaret, Cinésis.