Depuis 2023, le Québec a resserré l’encadrement du travail des enfants après une hausse des blessures chez les 14 ans et moins. Pour les employeurs, c’est un rappel direct : un premier emploi expose davantage, surtout quand l’accueil, la supervision et les tâches ne sont pas pensés pour des mineurs.
Une loi déclenchée par des accidents en hausse : le risque commence dès l’intégration
Le 1er juin 2023, la Loi sur l’encadrement du travail des enfants est entrée en vigueur afin de protéger la santé et la sécurité des jeunes, tout en soutenant leur réussite scolaire. Le contexte était préoccupant : selon des données rapportées par la CNESST, les lésions déclarées chez les 14 ans et moins sont passées de 10 en 2017 à 74 en 2022.
Sur le terrain, cette réalité se traduit souvent par des « blessures de début de job » : consignes mal comprises, gestes précipités, outils utilisés sans maîtrise, ou tâches confiées parce qu’elles sont moins populaires. Un jeune débute dans la nouveauté totale, et la volonté de prouver qu’il est « à la hauteur » peut l’empêcher de poser des questions au bon moment.
Rappel organisationnel : l’âge minimal général pour travailler est de 14 ans, avec quelques exceptions (ex. production artistique, livraison de journaux, gardiennage). Quand le jeune est encore soumis à l’obligation scolaire, l’horaire doit préserver les cours et le repos nocturne (entre 23 h et 6 h) et limiter la charge hebdomadaire (17 heures, dont 10 au maximum du lundi au vendredi, hors congés scolaires prolongés).
Pourquoi les moins de 16 ans sont plus vulnérables : croissance, stress et pression sociale
Des spécialistes de la prévention soulignent que les risques n’ont pas le même impact chez les jeunes. Avant 16 ans, la croissance physique et la maturation cognitive influencent la force, l’endurance, la coordination et le jugement. La maturité émotionnelle progresse aussi : gérer un client impatient, une critique ou un conflit d’équipe peut être déstabilisant, surtout lors d’un premier emploi.
Résultat : certains facteurs « invisibles » augmentent l’exposition aux incidents.
- Se taire pour s’intégrer et accepter une tâche mal comprise.
- Accélérer le rythme sous pression (achalandage, objectifs, commentaires).
- Improviser avec un outil, une machine ou un produit sans repères solides.
À cela s’ajoute une réalité d’organisation : les jeunes sont fréquemment planifiés le soir ou la fin de semaine, moments où l’encadrement peut être plus léger. Si la supervision baisse quand le risque augmente, l’accident devient une question de temps.
Obligations et bonnes pratiques : documenter les risques et sécuriser les tâches confiées
Avec la modernisation du régime de santé et sécurité, l’employeur doit identifier et documenter les risques présents, les prioriser puis déployer des mesures pour les éliminer ou, à défaut, les maîtriser. Pour des mineurs, cela implique souvent des ajustements supplémentaires : méthodes de travail, limites de tâches, ergonomie du poste, accès sécurisé aux équipements et encadrement renforcé.
Une intégration efficace peut suivre une logique simple :
- Délimiter les tâches permises, celles interdites et celles qui exigent une formation formelle.
- Former « en vrai » : démonstration, essai supervisé, puis vérification de la compréhension.
- Nommer un référent (mentor/superviseur) joignable à chaque quart, notamment en soirée.
- Adapter le poste : hauteur, charges, outils, zones de circulation, rangement, EPI.
- Revoir après quelques quarts : ce qui paraît simple sur papier peut être risqué en période de pointe.
Le point qui change tout est la supervision active. Un jeune ne devrait pas être laissé en autonomie sur une tâche à risque « parce que ça va plus vite ». La vitesse s’achète souvent au prix d’une blessure.
Droits, refus de tâche et violences : prévenir aussi les atteintes à l’intégrité
Les jeunes disposent des mêmes droits que les autres travailleurs : information, formation, supervision et possibilité de signaler un danger. Ils peuvent aussi refuser une tâche qu’ils jugent dangereuse après avoir expliqué le risque et discuté des correctifs possibles. Or, ce droit est encore trop peu connu des mineurs : l’employeur doit donc l’enseigner explicitement, avec des exemples concrets.
La santé et sécurité concerne aussi la violence à caractère sexuel. Des données publiées par le ministère du Travail en 2022 indiquent que 54 % des travailleurs de 15 à 24 ans auraient subi un comportement problématique de nature sexuelle au travail. Pour les plus jeunes, l’inexpérience et l’asymétrie de pouvoir peuvent freiner le signalement.
Mesures attendues : règles claires (dont la notion de consentement), canaux de plainte accessibles, intervention rapide, et protection contre les représailles. Un milieu où l’on sait qui contacter, quoi dire et à quoi s’attendre réduit fortement le risque de banalisation et de silence.
Auteur : Inforisque.Sur le même sujet : Le travail des 16 ans et moins : tenir compte des risques pouvant affecter particulièrement les jeunes.