
Un risque professionnel largement documenté… mais encore sous-estimé
Torticolis, raideur cervicale, douleurs de nuque, tensions dans les épaules : ces troubles sont aujourd’hui omniprésents dans le monde du travail. Ils concernent aussi bien les postes administratifs que les fonctions d’encadrement, de conduite ou les métiers combinant écran et activité terrain.
Selon l’INRS, les douleurs cervicales et scapulaires font partie des principales atteintes musculo-squelettiques liées au travail sur écran, notamment lorsque celui-ci est associé à des postures statiques prolongées et à un manque de pauses actives.
L’ANSES rappelle par ailleurs que la répétition de postures contraignantes, même à faible intensité, constitue un facteur de risque majeur de TMS, en particulier lorsqu’elle s’inscrit dans la durée (ANSES, expertise collective TMS).
Qu’est-ce qu’un torticolis exactement ?
Le torticolis est une contracture musculaire aiguë de la région cervicale, le plus souvent unilatérale (un seul côté), qui entraîne :
- une douleur vive ou lancinante dans le cou
- une limitation brutale des mouvements de la tête
- parfois une irradiation vers l’épaule ou le haut du dos
Sur le plan physiologique, il s’agit d’une contraction réflexe prolongée de certains muscles cervicaux (notamment les muscles profonds, les trapèzes supérieurs ou l’élévateur de la scapula).
Cette contraction agit comme un mécanisme de protection : le corps “bloque” le mouvement pour éviter d’aggraver une contrainte déjà excessive (comme pour le lumbago).
Selon l’INRS, le torticolis est fréquemment associé :
- à des postures statiques prolongées
- à des positions asymétriques de la tête
- à une sollicitation excessive des muscles cervico-scapulaires, typique du travail sur écran (INRS – TMS du cou).
Torticolis : un épisode isolé… ou le symptôme d’un déséquilibre installé ?
Dans la majorité des cas, le torticolis est bénin et transitoire. Cependant, lorsqu’il :
- se répète
- apparaît sans facteur déclenchant évident
- s’installe régulièrement au travail
il devient un signal d’alerte.
Dans nos interventions en entreprise, ces douleurs sont très souvent décrites comme « banales » ou « passagères ». Pourtant, elles traduisent déjà un déséquilibre postural et organisationnel installé, qui mérite une action préventive structurée.
L’ANSES rappelle que la répétition de micro-contraintes, même de faible intensité, peut conduire à des troubles musculo-squelettiques chroniques si aucune action préventive n’est mise en place.
Autrement dit, le torticolis n’est souvent pas un accident isolé, mais la conséquence visible d’une posture inadaptée, d’un manque de mobilité, d’épaules figées et d’une charge mentale élevée.
Pourquoi les écrans favorisent-ils les torticolis ?
Le travail sur écran combine plusieurs facteurs aggravants :
- inclinaison prolongée de la tête
- fixité du regard
- épaules en légère élévation ou enroulement vers l’avant
- diminution des clignements et de la respiration ample
Ces éléments augmentent la tension musculaire et réduisent la capacité du muscle à se relâcher spontanément. Le torticolis apparaît alors comme une réponse brutale à une accumulation silencieuse de contraintes.
L’écran n’est pas le coupable principal : la posture prolongée l’est
Contrairement à une idée encore très répandue, ce n’est pas l’écran en tant qu’outil qui génère les douleurs, mais la posture adoptée devant celui-ci, souvent pendant plusieurs heures sans variation.
Les travaux du Dr Kenneth Hansraj (2014) ont mis en évidence que l’inclinaison de la tête vers l’avant augmente considérablement la charge exercée sur la colonne cervicale. Une tête penchée à 45° peut représenter une contrainte équivalente à plus de 20 kg sur les cervicales.
Dans un contexte professionnel, cette surcharge est amplifiée par :
- la durée d’exposition quotidienne aux écrans
- l’usage simultané de plusieurs supports (ordinateur, smartphone)
- l’absence de mouvement spontané
Pourquoi la nuque est la première à réagir
La colonne cervicale est une zone de mobilité fine, conçue pour le mouvement, l’adaptation et l’orientation du regard.
Elle n’est physiologiquement pas faite pour rester immobile.
Lorsque la posture est maintenue :
- les muscles cervicaux profonds se fatiguent,
- les muscles superficiels (trapèzes, élévateur de la scapula) compensent,
- la vascularisation musculaire diminue.
L’INRS souligne que cette contraction prolongée favorise l’apparition de contractures, de raideurs et de douleurs diffuses, pouvant évoluer vers des torticolis répétés ou chroniques (INRS, TMS et travail sur écran).
Le lien indissociable entre nuque et épaules
Un point souvent mal compris dans la prévention : la nuque ne fonctionne jamais seule.
Elle est étroitement liée à la ceinture scapulaire (épaules et omoplates). Les chaînes musculaires cervico-scapulaires assurent à la fois :
- la stabilité de la tête
- la mobilité des bras
- l’équilibre postural
Lorsque les épaules sont :
- enroulées vers l’avant
- constamment surélevées sous l’effet du stress
- figées par le travail statique
la nuque se verrouille.
Les recommandations de l’INRS et de l’EU-OSHA insistent sur l’importance d’une approche globale incluant nuque, épaules et haut du dos, et non un traitement segmentaire isolé (les deux zones sont à prendre en considération).
Le rôle clé du cerveau et des habitudes de travail
Les douleurs liées aux écrans ne sont pas uniquement mécaniques. Elles sont aussi neuro-adaptatives.
Le cerveau apprend vite :
- une posture répétée devient une habitude
- une tension chronique devient « normale »
- les signaux d’alerte sont progressivement atténués
Ce phénomène, bien documenté en neurosciences et en prévention du mouvement, explique pourquoi les douleurs :
- s’installent progressivement
- persistent même hors temps de travail
- deviennent chroniques si aucune action n’est engagée
C’est pour cette raison que les experts en prévention recommandent d’agir le plus tôt possible, avant que les schémas posturaux ne soient durablement ancrés.
Prévention efficace : des actions simples mais structurées
Les recommandations convergent (INRS, ANSES, EU-OSHA) :
la prévention repose sur une combinaison de leviers, et non sur une action isolée.
Ajustement du poste :
- Écran positionné à hauteur des yeux
- Distance écran-yeux adaptée
- Avant-bras soutenus
- Souris et clavier proches du corps
Article sur les épaules : Stop aux douleurs d’épaule : prévenir, renforcer, performer - Cinesis
Mouvement régulier
L’INRS rappelle que le corps humain n’est pas conçu pour rester immobile plus de 30 à 45 minutes consécutives.
Même 2 à 3 minutes de mouvement suffisent à :
- relancer la circulation
- diminuer l’hypertonie musculaire
- améliorer la concentration
Routine prévention nuque & épaules (5 minutes – validée terrain)
(Cette routine s’appuie sur les recommandations INRS et les principes de prévention du mouvement utilisés en sport-santé)
Exercice 1 – Mobilité cervicale
Mouvements lents de flexion, extension et rotation accompagnés par une respiration lente et profonde
5 répétitions
Objectif : Restaurer la mobilité articulaire
Exercice 2 – Déverrouillage des épaules
Élévation puis relâchement (mouvement symbolisant le « je sais pas » + cercles d’épaules
10 répétitions
Objectif : Diminuer la tension des trapèzes
Exercice 3 – Activation des omoplates
Rapprochement des omoplates, maintien 5 secondes : « on pousse le sternum vers l’avant »
5 à 8 répétitions
Objectif : Rééquilibrer la posture
Exercice 4 – Étirement cervico-scapulaire
Inclinaison latérale de la tête (épaule opposée relâchée), poussée vers le bas avec la main opposée et mise en tension progressive sans douleur
20 à 30 secondes par côté ( 3 séries)
Objectif : Relâcher les tensions accumulées
Exercice 5 – Respiration et relâchement
Respiration lente avec relâchement conscient des épaules
5 cycles en cohérence cardiaque ou respiration « carré » ( 5 tps d’inspi/5 tps d’expi)
Objectif : Agir sur le stress et la posture
Former les intervenants : un enjeu majeur de prévention durable
Les études et recommandations sont claires : une prévention efficace dépend autant du contenu que de la qualité de l’intervenant.
Une action ponctuelle ou mal adaptée peut :
- être mal comprise,
- être mal appliquée,
- voire même renforcer de mauvaises habitudes.
C’est pourquoi la formation des intervenants en entreprise est essentielle, en particulier sur des thématiques aussi sensibles que les douleurs cervicales, les TMS et le travail sur écran.
Chez Cinésis, nous avons fait le choix :
- de former des professionnels de santé avec une formation solide, orientée terrain et entreprise afin qu’ils puissent intervenir avec une compréhension fine du corps, du cerveau et des contraintes professionnelles.
- d’intervenir directement en entreprise, auprès des équipes et des managers, pour que chaque session de prévention ne soit pas une simple sensibilisation, mais un véritable levier de performance durable pour l’entreprise.
Conclusion : comprendre, former, agir tôt
Les torticolis, douleurs de nuque et tensions d’épaules liées aux écrans ne sont pas une fatalité.
Ils sont le résultat de postures prolongées, d’habitudes installées et d’un manque de mouvement.
La prévention efficace repose sur :
- la compréhension du fonctionnement du corps,
- l’intégration précoce de bonnes habitudes,
- la qualité des actions menées et des intervenants formés.
C’est à ces conditions que la prévention devient un outil stratégique de santé, d’engagement et de performance durable, au service des salariés comme des entreprises.
Auteur : Johann Divaret, Cinésis Solutions Prévention Santé.