Chaque année, le même scénario se répète.
Les jours rallongent, la lumière revient, les températures remontent… et pourtant, une fatigue diffuse s’installe chez de nombreuses personnes. En cabinet, en entreprise, sur les terrains de sport, les signaux sont clairs : manque d’énergie, douleurs persistantes, baisse de vigilance, récupération plus lente.
Contrairement aux idées reçues, la fatigue de printemps n’est ni un mythe ni un simple “coup de mou saisonnier”. Elle correspond à une véritable phase d’adaptation physiologique, hormonale et nerveuse, qui peut devenir un facteur de risque si elle est mal comprise ou mal accompagnée.
Une période de transition exigeante pour l’organisme
Le passage de l’hiver au printemps impose à notre corps une succession de changements rapides :
- augmentation brutale de la luminosité
- variations de température parfois importantes
- modification des rythmes sociaux et professionnels
- reprise d’une activité physique plus soutenue
Ces changements sollicitent fortement les mécanismes d’adaptation. Or, le corps humain fonctionne par anticipation et régularité, pas par à-coups. Lorsque les transitions sont trop rapides, la fatigue apparaît.
Le rôle central de l’horloge biologique et des hormones
Selon l’INSERM, la lumière est le principal régulateur de notre rythme circadien. Elle agit directement sur l’hypothalamus, qui pilote la sécrétion de plusieurs hormones clés :
- la mélatonine, impliquée dans l’endormissement et la qualité du sommeil
- le cortisol, hormone de l’éveil et de l’adaptation au stress
- la sérotonine, liée à l’humeur et à la motivation
Au printemps, l’augmentation de la lumière perturbe temporairement ces équilibres. La sécrétion de mélatonine peut diminuer trop rapidement, entraînant :
- des difficultés d’endormissement
- un sommeil moins profond
- une récupération incomplète
Résultat : on dort parfois autant, mais on récupère moins bien.
Cette désynchronisation hormonale explique pourquoi la fatigue de printemps est souvent accompagnée d’irritabilité, de troubles de la concentration et d’une sensation de “batterie à plat” dès le réveil.
Une période bien connue dans le sport de haut niveau
Dans le sport de haut niveau, cette période n’a jamais été prise à la légère.
Au cours de ma carrière et lors de l’accompagnement d’athlètes internationaux, notamment en lien avec les équipes de France, la transition hiver–printemps était identifiée comme une phase à risque en termes de fatigue, de blessure et de contre-performance.
C’est d’ailleurs pour cette raison que de nombreux collectifs mettaient en place, dès la période hivernale, des stages d’entraînement au soleil.
Pourquoi ces stages étaient stratégiques ?
- exposition précoce à une forte luminosité
- ¬stabilisation progressive des rythmes hormonaux
- amélioration de la qualité du sommeil
- conditions climatiques favorables à l’entraînement
- meilleure récupération neuromusculaire
L’objectif n’était pas seulement le confort ou la performance immédiate, mais bien l’anticipation physiologique (INSEP). En habituant l’organisme à la lumière et à une charge d’entraînement plus élevée, on limitait l’impact de la fatigue printanière.
Ce que le sport de haut niveau a compris depuis longtemps, le monde du travail et de la prévention santé commence tout juste à l’intégrer.
En cabinet : une fatigue plus marquée chez les patients
En pratique clinique, le constat est sans appel. Au printemps, les patients arrivent souvent plus usés qu’en plein hiver :
- douleurs musculo-squelettiques plus présentes
- tendinites, lombalgies, cervicalgies
- sensation de récupération incomplète
- fatigue persistante malgré le repos
Cette période agit comme un révélateur. Les déséquilibres accumulés durant l’hiver (sédentarité, manque de lumière, sommeil altéré, stress chronique) deviennent visibles lorsque l’organisme est sollicité davantage.
Chez les personnes actives, et notamment dans les métiers physiques ou à forte charge mentale, cette fatigue peut entraîner :
- une baisse de vigilance
- une altération de la qualité gestuelle
- une augmentation du risque d’accident ou de blessure
Fatigue de printemps et monde du travail : un enjeu de prévention
Comme le rappel l’ANSES, en entreprise, cette période est souvent sous-estimée. Pourtant, elle cumule plusieurs facteurs de risque :
- reprise ou intensification de l’activité
- contraintes climatiques variables
- déficit de récupération
- pression des objectifs
La fatigue n’est pas qu’un ressenti subjectif. Elle modifie :
- la coordination motrice
- la précision des gestes
- la capacité de concentration
- la gestion du stress
Dans une logique de prévention, ne pas tenir compte de cette période de transition, c’est accepter une augmentation évitable des risques professionnels.
Former pour mieux prévenir
Comprendre ces mécanismes physiologiques et hormonaux est aujourd’hui un enjeu majeur de prévention en entreprise. C’est précisément ce type de sujets qui est abordé lors des formations Cinésis Solutions Prévention Santé.
À travers une approche mêlant données scientifiques, retours de terrain et outils pratiques, ces formations permettent aux professionnels de santé et aux acteurs de la prévention de mieux identifier les périodes à risque, d’adapter les messages de prévention et d’accompagner plus efficacement les salariés dans ces phases de transition saisonnière.
Fatigue, rythmes biologiques, récupération, exposition à la lumière, montée en charge de l’activité : autant de leviers concrets qui, une fois compris, permettent d’agir en amont plutôt que de subir les conséquences en aval.
Comment accompagner efficacement cette période ?
La clé n’est pas d’en faire moins, mais de faire différemment.
-
Respecter les rythmes :
Maintenir des horaires de sommeil réguliers, même lorsque les soirées s’allongent, permet de limiter la désynchronisation hormonale. -
Miser sur la lumière naturelle :
S’exposer à la lumière du jour dès le matin aide à recaler l’horloge biologique et améliore la vigilance diurne. -
Reprendre progressivement l’activité physique :
Comme en sport de haut niveau, la montée en charge doit être progressive. Le corps n’aime pas les ruptures brutales. -
Surveiller l’hydratation et la récupération :
Avec la hausse des températures, les besoins hydriques augmentent. Une déshydratation légère suffit à majorer la fatigue. -
Le “break soleil”
Quand c’est possible, quelques jours au soleil peuvent aider à resynchroniser l’horloge biologique, améliorer le sommeil et accélérer la récupération. Même un court séjour ou des journées prolongées en extérieur peuvent faire la différence.
Changer de regard sur la fatigue saisonnière
La fatigue de printemps n’est pas un signe de faiblesse.
C’est un signal d’adaptation, que le corps envoie lorsqu’il doit gérer plusieurs changements simultanés.
Dans le sport de haut niveau, on anticipe.
En cabinet, on observe.
En entreprise, il est temps de prévenir.
Comprendre cette période, c’est se donner les moyens de mieux accompagner les individus, d’améliorer la performance durable et de réduire les risques inutiles.
À retenir
Le printemps est une saison de renouveau… à condition de laisser au corps le temps de s’adapter.
Auteur : Johann Divaret fondateur de Cinésis.