On demande souvent aux salariés de bouger davantage. Mais si le véritable enjeu était aussi de faire évoluer les organisations qui, parfois malgré elles, ont rendu l’immobilité normale ?
Se lever pour téléphoner, marcher pendant une réunion, prendre les escaliers, alterner les postures… Les recommandations pour remettre du mouvement dans nos journées sont désormais bien connues. Pourtant, dans de nombreuses entreprises, rester assis plusieurs heures d’affilée demeure la norme.
Le problème n’est donc plus seulement de savoir quoi faire pour bouger davantage, mais de comprendre pourquoi il est parfois si difficile de bouger au travail.
Il existe un paradoxe : tout le monde connaît les bénéfices du mouvement… mais l’immobilité reste la norme. La plupart des collaborateurs savent qu’il est préférable de ne pas rester assis toute la journée. Ils savent également que marcher, changer de posture ou faire des pauses peut être bénéfique.
Pourtant, savoir ne suffit pas toujours à changer.
En effet, nos comportements ne dépendent pas uniquement de notre motivation individuelle. Ils sont aussi influencés par notre environnement, nos habitudes et les règles, explicites ou implicites, de l’organisation dans laquelle nous travaillons. Une journée rythmée par des visioconférences qui s’enchaînent, des réunions de deux heures, des outils numériques omniprésents et la nécessité d’être constamment disponible conduit naturellement à limiter les déplacements.
Même une personne convaincue de l’importance du mouvement peut finir par passer une grande partie de sa journée assise. La question devient alors collective : Comment créer une organisation dans laquelle bouger n’est plus perçu comme une rupture du travail, mais comme une manière différente de travailler ?
Faire bouger les esprits avant de faire bouger les corps
C’est l’un des intérêts fondamentaux de la Fresque du Mouvement qui sensibilise aux risques liés à la sédentarité et l’inactivité physique et aux bienfaits du mouvement.
L’atelier ne se contente pas de transmettre des recommandations. Il invite les participants à comprendre les mécanismes de la sédentarité et de l’inactivité physique, puis à mettre en relation leurs causes, leurs conséquences et les leviers d’action. La démarche repose sur une construction collective, suivie d’un temps consacré aux solutions et aux engagements. Cette approche change la nature de la sensibilisation.
Au lieu de dire : « Il faut bouger davantage », les participants sont amenés à se demander : « Qu’est-ce qui, dans notre quotidien, nous empêche de bouger ? »
Cette nuance est essentielle.
Car elle déplace progressivement la responsabilité : le mouvement n’est plus uniquement une affaire de volonté individuelle. Il devient également une question d’environnement de travail, de management, d’organisation et de culture collective.
Un révélateur des habitudes de travail
La Fresque du Mouvement peut ainsi jouer le rôle d’un véritable miroir de l’organisation. Au fil des échanges, des situations très concrètes apparaissent :
- « Je reste à mon bureau parce que je dois répondre immédiatement aux messages. »
- « J’ai l’impression qu’une pause est du temps perdu. »
- « Je n’ose pas me lever pendant une réunion en visioconférence. »
- « Dans notre entreprise, être devant son écran est associé au fait de travailler. »
Ces constats sont précieux.
Ils permettent de mettre des mots sur des habitudes que l’on ne questionne plus. Et surtout, ils permettent de passer d’une approche théorique de la prévention à une réflexion sur le travail réel : ce que les salariés font réellement, dans quelles conditions et avec quelles contraintes. Le bénéfice de l’atelier ne réside donc pas uniquement dans les connaissances acquises. Il réside aussi dans les conversations qu’il rend possibles.
Changer la norme plutôt que culpabiliser l'individu
L’un des pièges des politiques de prévention de la sédentarité est de faire porter l’essentiel de la responsabilité sur le salarié : « pensez à vous lever », « marchez davantage », « faites une pause ». Ces conseils sont utiles, mais ils atteignent rapidement leurs limites si l’environnement professionnel envoie le message inverse.
La Fresque du Mouvement permet d’ouvrir cette discussion sans culpabilisation. L’objectif de l’atelier est de donner envie d’agir et de rendre le passage à l’action possible, individuellement comme collectivement.
Cette approche peut contribuer à faire évoluer une norme culturelle particulièrement ancrée : être assis devant son ordinateur = travailler. Et, à l’inverse : se lever, marcher ou changer de posture = prendre une pause.
Or, si le mouvement est progressivement reconnu comme compatible avec le travail, voire utile à celui-ci, les comportements peuvent évoluer beaucoup plus naturellement. Le rôle du manager devient alors déterminant : il ne s’agit plus seulement d’autoriser une pause ou une réunion en marchant, mais de légitimer le mouvement comme composante normale de l’activité professionnelle.
De la bonne idée individuelle à la dynamique collective
Autre bénéfice majeur : l’intelligence collective.
Une recommandation descendante produit souvent une liste de bonnes pratiques. Une réflexion collective produit potentiellement une transformation des usages. Les solutions venant des personnes qui vivent quotidiennement les contraintes du travail sont précieuses.
Au cours d’une Fresque du Mouvement, un collaborateur peut proposer une idée que son collègue n’avait jamais envisagée. Un manager peut découvrir un frein organisationnel qu’il ne percevait pas. Une équipe peut identifier une réunion qui pourrait être transformée. Un service peut imaginer un nouveau rituel. Cette dynamique donne une dimension très concrète à la prévention.
La Fresque du Mouvement revendique ainsi plusieurs bénéfices complémentaires : prise de conscience partagée, solutions concrètes, dynamique collective renforcée et développement d’une culture du mouvement.
La question n’est plus : « Comment faire pour que chacun bouge davantage ? » mais : « Que pouvons-nous changer ensemble pour que le mouvement trouve naturellement sa place dans notre façon de travailler ? »
Un outil qui peut faire dialoguer QSE, RH et management
Cette approche présente également un intérêt pour les responsables QSE, HSE, RH ou QVCT.
La sédentarité peut être traitée comme un sujet périphérique, relevant uniquement du bien-être ou de la responsabilité individuelle. Or la réflexion collective permet de la reconnecter à des sujets beaucoup plus larges : conditions de travail, prévention, organisation du travail, pratiques managériales, qualité de vie et performance collective.
La Fresque du Mouvement constitue ainsi un point de rencontre entre différents métiers de l’entreprise :
- Le responsable prévention apporte sa vision des risques.
- Les RH peuvent réfléchir aux pratiques et à la culture d’entreprise.
- Les managers confrontent leurs contraintes opérationnelles.
- Les salariés partagent leur expérience du terrain.
Chacun découvre alors une partie du problème qu’il ne pouvait pas nécessairement voir seul.
C’est là que l’atelier prend tout son sens : il ne fournit pas une solution universelle à appliquer partout. Il aide les organisations à construire leurs propres réponses à partir de leur réalité.
Faire évoluer les espaces, les réunions… mais surtout les représentations
Bien sûr, cette prise de conscience peut déboucher sur des actions concrètes : réunions plus courtes ou en marchant lorsque le contexte s’y prête, pauses actives, aménagement des espaces, alternance des postures, déplacements encouragés, nouvelles pratiques managériales.
Mais l’enjeu le plus profond est peut-être ailleurs.
- Avant de modifier les espaces de travail, il faut parfois modifier notre regard sur ces espaces.
- Avant de changer les réunions, il faut accepter qu’une réunion puisse se dérouler autrement.
- Avant d’autoriser le mouvement, il faut parfois reconnaître qu’il n’a jamais eu besoin d’être « autorisé » : il a simplement besoin d’être légitimé.
C’est cette évolution culturelle qui peut rendre les actions durables. Car une entreprise peut installer des bureaux permettant de travailler debout. Si les salariés pensent qu’ils doivent rester assis pour être productifs, ils continueront probablement à s’asseoir.
À l’inverse, lorsqu’une organisation considère le mouvement comme compatible avec l’efficacité, les mêmes outils et les mêmes espaces prennent une tout autre valeur.
En conclusion
La Fresque du Mouvement apporte finalement quelque chose de différent d’une simple campagne de sensibilisation. Elle permet de créer un espace où l’on peut collectivement questionner une évidence : Pourquoi travaillons-nous de cette manière ? Cette question simple ouvre un champ vaste champ d’exploration.
Car remettre du mouvement dans l’entreprise ne consiste pas seulement à demander aux collaborateurs de se lever plus souvent. C’est aussi interroger les rythmes de travail, les habitudes collectives, les pratiques managériales et les représentations qui entourent la performance.
Autrement dit, faire bouger les corps suppose parfois de commencer par faire bouger les esprits.
C’est précisément l’ambition de la Fresque du Mouvement : transformer une prise de conscience individuelle en réflexion collective, puis cette réflexion en actions adaptées au contexte de l’organisation. Le bénéfice n’est donc pas uniquement de repartir d’un atelier avec quelques idées pour bouger davantage. C’est peut-être surtout de repartir avec une nouvelle question : « Et si nous pouvions travailler autrement ? »
Et si cette question commence à circuler dans une équipe, dans un service ou dans toute une entreprise, alors le mouvement n’est plus simplement une affaire de santé individuelle. Il devient un levier de transformation de l’organisation et de performance collective.
Pour découvrir la Fresque du Mouvement, les modalités d'intervention ou trouver un animateur près de votre entreprise, rendez-vous sur www.fresquedumouvement.org
Si vous souhaitez organiser une Fresque du Mouvement dans votre organisation, contactez-nous à contact@fresquedumouvement.org
Auteur : Anne-Laure Guignard, Animatrice de la Fresque du Mouvement.

